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21 mai 2013

Dark City (Mes Glorieuses 90's)


Rétrospective intime et absolument pas chronologique qui me voit réévaluer des objets cinématographiques de l'époque où je formais mon appétence pour le cinéma, on retrouve ainsi sous l'intitulé "Mes glorieuses 90's" ces films vus approximativement entre 1989 et 1999, 90's symboliques qui me verront construire ma cinéphagie, mon goût et mon sens critique, par le truchement des premières lectures de Mad Movies, de conseils paternels (bien avisés), de fréquentation assidue des cinémas de Montluçon (03) et particulièrement le défunt Cinémonde, de location sporadique de VHS, de Cinéma de Minuit et autres Cinéma de Quartier...


Allons-y tout de go, sans grande précaution quant à ce que nous allons affirmer. Dark City est sûrement l'une des 20 meilleures péloches de l'ultime décennie du 2ème millénaire, et dont l'influence est indéniable (pour ne citer qu'eux : Matrix, qui réutilisera certains décors et, si j'étais mauvaise langue, jusqu'à certains éléments du scénario... ou Buffy, avec l'épisode Un silence de mort dans la 4ème saison).

Véritable claque pour mes jeunes yeux à l'époque, sa puissance reste intact quelques 15 années plus tard. Partant sur le concept ultra balisé du grain de sable enrayant une machine bien huilée (quelles séquences de synthonisation...), Alex Proyas offre une véritable histoire, au delà des prouesses visuelles, sombre et distillant son mystère avec parcimonie, en évitant le messianisme tout autant qu'un labyrinthisme abscons, proposant avec les Etrangers des bad guys particulièrement efficaces et originaux, et se clôturant sur une ultime séquence hâletante, déroutante, mais définitivement marquante.

Et si Proyas n'a par la suite jamais pu ou jamais réussi à confirmer véritablement (même si son I Robot est loin d'être ridicule), Dark City est tout de même un monument de la SF 90's, voire de la SF tout court.

27 août 2012

Double Programme : Morse - Laisse-moi Entrer


Depuis Vampires de Carpenter et exception faite de 30 Jours de Nuit, le mythe du vampire a perdu quelque peu de sa superbe au cinéma depuis une vingtaine d'année (entre Buffy et True Blood, la télé serait presque mieux loti).

Sobre, tendu, poétique, Morse prend à rebours le mythe, sans jamais s'en détacher (certains éléments du folklore sont toujours là), en offrant avant tout une belle réflexion sur la fin de l'enfance. Tout juste entaché d'une intrigue parallèle (la voisine contaminée) un peu trop démonstrative (qui peut malgré tout se comprendre dans le sens où ici un adulte ne peut supporter ce qu'un vieil enfant de 12 ans supporte depuis très longtemps), Morse n'a tout de même que peu de défauts : réalisation (le sens du détail et de la suggestion, en quelques mouvements de caméra ou de réglage de profondeur de champ) et photo soignés (quels clairs-obscurs), interprétation touchante et troublante, musique au diapason de l'image. Tomas Alfredson démontre ainsi, avec un talent certain, qu'il est encore possible de faire des films de vampires surprenants et beaux.

Laisse-moi Entrer arrive ainsi avec un sérieux handicap, celui d'être le remake d'un film déjà largement au-dessus du lot et qui se suffit à lui-même. Et si l'objectif est clairement de faire entrer Morse dans les petites cases hollywoodiennes (Chloe Grace Moretz en tête d'affiche, quelques éléments "tendancieux" expurgés de l'original, moins de suggestion et un peu plus de spectaculaire), on ne criera pas non plus au loup, car l'esprit de l'original est tout de même là. Au delà de suivre quasiment à l'identique le déroulement de son modèle et d'en reprendre telles quelles les scènes clefs, Laisse-moi Entrer reste bien accroché à cette réflexion sur la fin de l'enfance qui fait le cœur et l'âme de Morse, et se permet même de développer certains aspects (la relation du vampire et de l'homme qui l'accompagne, le passé du vampire) de manière intéressante. Oui, ce remake est inutile, indéniablement. Mais ce remake est loin d'être honteux (s'il n'y avait pas eu l'original, il aurait même marqué un peu plus les esprits). Légèrement fade après Morse, Laisse-moi Entrer est tout de même un bon film, sérieux, bien filmé, plus honnête qu'il en a l'air (le réal' semble y avoir mis du sien pour que cela ne ressemble pas juste à une commande) et surtout respectueux de son modèle. Et, au final, ce n'est déjà pas si mal, car on a vu bien pire comme remake, non ?

21 août 2012

Retour sur... Buffy The Vampire Slayer (1ère partie : 1998)

En 1998 débarque en France une énième série US pour ados, où l'on retrouve le décorum familier d'un Beverly Hills 90210 (d'ailleurs c'est le même lycée qui sert de décor) et les grands classiques des lycées US à la sauce Hollywood : pom-pom girls, couloirs bordés de casiers, manuels scolaires dans les bras et BO gentiment rock. Sauf qu'il se trouve que le lycée de Sunnydale est situé juste sur la Bouche de l'Enfer, haut lieu de manifestation démoniaque. Et que Buffy est une tueuse de vampire.

Joss Whedon réécrit et réadapte ainsi pour la télévision le scénario d'un film éponyme (et qu'il s'appelait originellement en VF Bichette la Terreur) qu'il avait écrit et qui était sorti en 1992. Pas forcément satisfait du film (il y a de quoi) mais plutôt convaincu de l'intérêt de son idée, il réussit avec la FOX, voguant sur le succès dans le fantastique d'X-Files, à mettre la première saison en chantier et Buffy est diffusé sur la chaine WB, plutôt orientée djeun's, en 1997.

Plutôt prudent, seuls 12 épisodes sont produits pour cette première saison. Quelques éléments de mythologies sont posés : Angel, le vampire avec une âme, l'Observateur, la Bouche de l'Enfer. Et si qualitativement, les épisodes restent encore très "monstres de la semaine", l'ombre d'un grand mal, celle du Maître (un vampire bien vieux et bien puissant), plane toujours plus ou moins sur l'ensemble de la saison. Et honnêtement, difficile à première vue, de voir ce que cette série pouvait bien proposer de plus, au delà d'un sympathique spectacle télévisuel.

Et pourtant, le ver est dans le fruit. Sous couvert de légèreté et de monstres de la semaine, les thèmes abordés touchent directement et sérieusement le public cible sans jamais les parodier : la pression du groupe, les amours, les pulsions hormonales, la conformation ou non aux normes. Quoi d'autre ? Mais si ! Regardez bien... L'héroïne ? Une blondinette futile, du même genre que celles qui se font massacrer dans les films d'horreur, et pourtant puissante et mortellement dangereuse. Ses acolytes ? Une vraie bande de geek (un cancre, une intello, un bibliothécaire), plutôt middle-class et loin d'être juste des faire-valoir. L'acolyte du grand méchant ? Un enfant, certes vampire (le Juste des Justes), mais difficile pour le spectateur de ne pas être dérangé par cette image symboliquement contradictoire. Et alors qu'X-Files aura influencé une grande partie des séries produite après elle avec son gimmick une saison/un cliffhanger, Joss Whedon pose lors de cette première saison sa marque de fabrique de showrunner : une saison, une intrigue, une grande menace qui parcours l'ensemble de la saison et une fin ouverte mais pas trop, au cas où la série ne soit pas renouvelée, ce qui parmet de ne pas frustrer le spectateur.

Au terme de la saison, Joss Whedon ose même tuer son héroïne. Pour mieux la faire renaître certes, puis tuer le Maître et de clore ainsi la saison, bouclant l'arc narratif ouvert au premier épisode et évitant ainsi des questions sans réponse au cas où Buffy ne soit pas renouvelée. Mais là encore, cela aurait dû nous mettre la canine à l'oreille. Joss Whedon ne se refuserait rien, et même pas de tuer son héroïne. Et les six saisons qui vont suivre ne nous feront pas mentir.


19 août 2012

Control

Parce qu'Anton Corbijn s'est attaché avant tout à raconter l'histoire d'un homme plutôt que d'iconiser un parcours artistique, Control réussit là où la plupart des biopic se plantent.

On pourra peut-être me rétorquer qu'à l'inverse d'un Johnny Cash, d'un Ray Charles ou d'une Edith Piaf, Ian Curtis a eu une carrière éclair. Mais je ne pense pas que cela soit si important. En optant pour le noir et blanc (illustrant l'ennui ambiant qui règne dans cette banlieue de Manchester, mais aussi la profonde dualité du personnage), en cadrant à merveille tout autant ses plans de transition que ses séquences plus narratives (Corbijn n'est pas photographe pour rien), en n'apposant jamais un regard sensationnaliste sur son personnage (sa maladie ne se transforme jamais en chemin de croix à l'écran), Corbijn  nous offre, pour son premier long-métrage, une histoire profondément humaine.

Jamais romantique ni nostalgique, mais plutôt lucide et magnifié par l'interprétation de Sam Riley, ce Control est bien loin des canons hollywoodiens bipopic-esques, ce qui fait sa force, et ce qui fera sans nul doute sa longévité. Et gageons aussi qu'il n'est pas nécessaire de connaître grand chose à Joy Division pour aimer le film, ce qui est peut-être, au final, l'une des plus grandes qualités de Control.

1 mai 2012

Avengers


Après la qualité très variable des précédents films annonçant la réunion de famille, et sachant que cette même réunion fut décidé quelque peu sur le tard, réussir à lier tout cela tout en s'en démarquant relevait de la quasi mission impossible. Puis Joss Whedon arriva et et l'espoir apparu au bout du tunnel. Mais au final, a-t-il réussi ?

Serait-ce de par sa science de la gestion de personnages multiples acquise au cours des 7 saisons de Buffy ? Serait-ce grâce à sa connaissance et son travail fait avec Marvel autour de comics ? Serait-ce parce qu'il a eu les coudées franches ? Car, oui, Whedon, réussit à (re)lancer une franchise pas forcément bien barrée, et il le fait avec un talent fou. Autant sur le scénario qu'à l'écran, Whedon fait montre d'une maîtrise impressionnante, n'oubliant aucun personnage (tous ont leurs moments de gloire), ne les dénaturant jamais (voire, comme avec la Veuve Noire, leur donne enfin de l'ampleur), s'amusant avec eux au détour de répliques cinglantes (les vannes d'Iron Man sont de grands moments). Et, surtout, il n'oublie jamais le fait que ces Avengers sont une alliance improbable et fragile entre des "héros" ne partageant, à l'inverse des X-Men, que la préservation de leurs intérêts individuels.

Mis en valeur par un méchant, Loki, à la hauteur de leurs égos respectifs, ces Avengers crèvent l'écran et Whedon gagne enfin la reconnaissance du grand écran. Et il n'hésite pas à donner une leçon de cinéma d'action lors de la bataille finale, véritable mélange entre une guérilla urbaine et une guerre de tranchées, gérant à merveille tous les enjeux narratifs et visuels avec un sens de l'équilibre enivrant, là où un Michael Bay ne propose avec une séquence similaire dans Transformers 2 que déstruction priapique et hystérique.

Si Abrams, au parcours relativement similaire (à l'exception que Whedon a été moins couronné de succès après Buffy sur grand et surtout petit écran, malgré des œuvres exceptionnelles comme Dollhouse), est désormais bien installé autant sur petit que sur grand écran, gageons qu' Avengers permettra aussi à Whedon de connaître la même reconnaissance, au delà de geeks comme moi vénérant son whedonverse, et de lui permettre de poursuivre avec un deuxième Avengers annoncé (ne partez pas au générique de fin). Car le futur grand méchant promet.

21 mars 2012

Retour sur... The X-Files (3ème partie : 1998-2000)


Après la Fin annoncée dans le cliffhanger du précédent season finale (The End, s5 ép.20) et la parenthèse cinématographique (1998) avec Fight the Future, quel visage, malgré le succés immense (à la télé tout du moins, bien que le film ne fut pas mal accueilli -plus d'1,5 million d'entrées en France - et fut bénéficiaire grâce à l'international), X-Files allait-elle proposer pour ce qui devait peu à peu nous emmener vers la conclusion d'une bonne partie de la série ?

Ce n'est en tout cas pas pour rien que la série s'ouvre sur The Beginning (s6 ép.01) et qu'elle effectuera, le temps d'un épisode (Drive, s6 ép.02), un long trajet de la côte est à la côte ouest. Car si en réalité la production de la série ne quitte pas la côte ouest (les tournages et la production se sont essentiellement déroulés à Vancouver pour les 5 premières saisons), elle démarre une nouvelle aventure du côté de Los Angeles. Et cela se verra clairement à l'image, et peut-être aussi dans les scénarios. L'humour et un peu de légèreté s'imposent beaucoup plus (on a, entre les épisodes 04 et 08 de la sixième saison, un quinte ravageur, drôle et plein d’auto-dérision, entre autre avec le dyptique Dreamland et l'énorme Michael McKean), moins de sombres forêts sous la pluie, plus de soleil et de lumière. Les scénaristes n'hésitent plus, non plus, à plonger dans les bonnes vieilles recettes des épisodes de Noël (le savoureux et touchant How The Ghosts Stole Christmas, s6 ép.06), du baseball (qu'ils mêlent à l'affaire Roswell dans The Unnatural, s6 ép.19), de la parodie d'émission de TV (X-Cops, s7 ép.12) ou de la mise en abyme avec le très cinématographique et ultra-référencé Hollywood A.D. (s7 ép.19), scénarisé et réalisé par Duchovny himself. On se délectera aussi d'Arcadia (s6 ép.15), jeu de massacre grinçant dans l'univers trop bien quadrillé des banlieues pavillonaires US.

Mais si la sixième saison fait ressentir un parfum de créativité (elle fait pour moi partie des trois grandes saisons d'X-Files, avec la troisième et la quatrième), la septième a tout d'un chant du cygne. Retour à des loners plus sombres, parfois aussi moins originaux (mais que demander encore au bout de 7 ans et plus de 120 épisodes ?), mais un peu d'amour aussi, car il n'y a plus vraiment de doute quant à la réalité du couple Mulder-Scully (All Things, s7 ép.17) et surtout fin d'un voyage pour Mulder, qui trouve la réponse au mystère qui l'a mu durant toutes ces années dans le plus bel épisode d'X-Files qu'est le dyptique Sein und Zeit/Closure (s7 éps.10-11, et que de larmes versées, encore aujourd'hui, par votre serviteur...). La boucle sera, d'une certaine manière, bouclée avec le season finale Requiem (s7 ép.22), se déroulant sur les lieux-même de la toute première enquête ; Requiem, qui porte si bien son nom et qui marque la fin d'X-Files version Mulder.

Pourquoi ne pas dire "qui marque la fin d'X-Files" tout court ? Je sais que certains (beaucoup ?) n'hésitent à voir dans ce Requiem la véritable fin de la série, avec le départ de Mulder. Mais ramener X-Files à la simple présence de Mulder est à mon avis un contre-sens, car X-Files démarre non pas avec Mulder, mais avec Scully. Elle est la pincée de vie, d'espoir dans la quête mortifère de Mulder, mais celle qui sera aussi, après sa disparition, son héraut. Finir la série sur Mulder ne serait donc pas raccord, ni logique. La série, à mon humble avis, ne pouvait se terminer qu'avec Scully. Et après 7 saisons d'amour inconditionnel, ce n'était pas la déception mais la curiosité, l'excitation qui m'habitait à l'orée de ce qui allait être l'ultime tour de piste de ce formidable freak show.



...à suivre et pour finir (ou pas ?) : X-Files (dernière partie 2000-2002)

10 oct. 2011

Drive


Classieux, grisant, violent, Drive tient toutes les promesses annoncées à Cannes, de par la palme d'or de la mise en scène qu'il a reçu. Avec un scénario classique que d'autres auraient mis en image avec force caméra clipesque mode vibro, gros biscotos et cylindrées bien burnées façon Fast & Furious, et qui auraient fait de Drive un machin ringard et poussif, voilà que Refn nous rend tout cela, grâce à une camera sobre et patiente, des images urbaines de nuit rappelant celles superbes du Miami Vice de Michael Mann, terriblement immersif, sexy, humain, et dont les 10 premières minutes sont un monument de mise en scène.

L'intérêt n'est pas ici la carrosserie, mais le Cascadeur, son monde, son mystère, et les séquences de voiture, qui ailleurs, sous forme d'extension phallique, nous soûleraient vite, sont ici autant d'éléments de narration, et nous disent au moins autant (avec la BO de Cliff Martinez, superbe) si ce n'est plus sur le Cascadeur que les quelques lignes de dialogues. Fidèle à ses héros taiseux, Refn transforme d'ailleurs Gosling en icône, et Gosling nous joue une partition énorme, entouré par un casting solide et impeccable : Ron Perlman, Bryan Cranston (un jour, peut-être, un grand et premier rôle au cinéma ?), Oscar Isaac (l'infect Blue Jones dans Sucker Punch) et Carey Mulligan.

Et au delà du film noir, je me pose une question : Nicolas Winding Refn n'aurait-il pas fait aussi, un peu, un film de super-héros ? Par l'anonymat de son héros (c'est le Cascadeur, pas de prénom), sa double vie (une diurne, passe-partout, une nocturne, dangereuse et mystérieuse), son éthique irréductible (peu importe le fric, seuls comptent la veuve et l'orphelin) et surtout son costume (la fameuse veste blanche au scorpion), je ne suis pas loin de le penser. Drive est en tout cas l'un des films de l'année et entre directement, pour moi, dans mes films fétiches.

20 sept. 2011

Star Trek IV - Retour sur Terre


Voilà donc le fameux "Star Trek à la baleine", dont mes souvenirs flous m'avaient éloignés, en me laissant un goût de nanar au fond de la mémoire. Les souvenirs ne sont que de sales traîtres.

Si Wrath of Kahn nous proposait un grand Star Trek côté aventure, risques et combat d'un équipage contre la folie destructrice d'un tyran, voici le film qui nous propose la deuxième facette de ce qu'est Star Trek : l'aventure humaine par l'utopie d'un monde meilleur. De fait, pas de méchants, pas non plus de violence (pas un seul tir d'arme dans ce film). Et un film étonnant au final, par son humour (Spock s'acclimatant au 20ème siècle, ou Chekov demandant tout naturellement où sont entreposés les navires nucléaires de l'US Navy...) jamais ridicule et la force des relations entre les personnages, et tout particulièrement le trio Kirk-Spock-McCoy, épine dorsale du film. Son sujet, étonnamment écolo pas gnan-gnan mais dans la droite ligne du canon établi par Gene Rodenberry, détonne aussi dans le paysage reaganien des blockbusters 80's plus tourné vers Top Gun et Rocky IV (sortis eux aussi en 1986). La réalisation de Nimoy est impeccable, le scénario tout autant (Nicholas Meyer, une seconde fois, qui le dénominateur commun et le pourquoi de la réussite des films pairs de la saga entre le I et le VI).

Et si l'on ne voit qu'à la fin la silhouette de l'Entreprise, peu importe. Le film démontre que Star Trek, c'est aussi autre chose que l'espace, cette ultime frontière, et le résultat ne prend pas une ride. Il en est même plus que jamais actuel, dans notre monde que nous laissons mourir à petit feu. Ainsi se clôture avec classe la trilogie Star Trek II - III - IV, aux (un peu plus que) deux tiers amplement réussis, non seulement dans le cadre strict de l'univers trekkien, mais surtout en terme de cinéma de science-fiction et de cinéma, tout simplement.

4 sept. 2011

Retour sur... The X-Files (2ème partie 1995-1998)


Quand la saison 3 s'ouvrit sur ce double épisode (The Blessing Way/Paper Clip s3 éps 01-02), cloturant l'énorme cliffhanger de la deuxième saison, il fallait être aveugle, sourd et ermite pour ne pas voir et comprendre qu'X-Files venait de passer la vitesse supérieure. La conspiration devenait familiale et dépassait le simple cercle des pontes de l'administration US ; elle devenait aussi historique (rappelant ainsi que les alliés ne se sont pas gênés pour récupérer des savants de l'Axe), s'ancrant profondément dans cette alter-histoire des USA. Il suffit de voir (ou de revoir, c'est épisode inusable) Musing of a Cigarette Smoking Man (s4 ép7) pour s'en convaincre.

Car c'était surtout cela qui pointait son nez. X-Files allait nous romancer une certaine histoire de la bannière étoilée, par le prisme de la famille Mulder et du regard d'un témoin et acteur incrédule : Scully. Une uchronie, une histoire sombre, secrète, puante, mais qui avait fait et défait des vies au service d'un grand projet, dont les contours était encore, à ce moment là, plutôt flous. Et c'est ainsi qu'à travers les épisodes mythologiques (Nisei/731 s3 éps 9-10, Piper Maru/Apocrypha s3 éps 15-16), ces contours et les enjeux se dessinent (l'énorme Tungunska/Terma, s4 éps 8-9), saison après saison, jusqu'à la confirmation d'un invasion programmée (Patient X/The Red and the Black, s5 éps 13-14), avec entre chaque saison le désormais attendu cliffhanger (tous de haute volée, trois saisons confondues). Et bien évidemment, en point de mire, le film, qui clôturera ces trois saisons et mettra sur les rails les deux prochaines.

Et au milieu de tout ça ? Difficile de faire le tri, peu d'ivraie (un Teso Dos Bichos, s3 ép18, fait partie des rares épisodes dispensables de ces trois saisons) et du bon grain à tous les étages, tant ces trois saisons sont en tout point de grandes saisons, de celles qui font les séries qui marquent. Entre la folie douce et l'humour barge des scénario de Darin Morgan (mais qu'est-il devenu ?), que ce soit Clyde Bruckman's Final Repose (un de mes chouchous, fataliste et drolatique, s3 ép 4) ou l'hilarant Jose Chung's From Outer Space (s3 ép 20), le gore anticipant presque les deux premiers longs de Rob Zombie (le génial et violent Home, s4 ép2) ou l'allégeance au bis avec enfin l'épisode sur les vampires digne de la série (Bad Blood, s5 ép12) ou l'énorme War of the Coprophages (s3 ép12), la tendresse d'un magnifique Post-Modern Prometheus (en noir et blanc s'il vous plaît, s5 ép5) ou d'un Small Potatoes (s4 ép20), ou encore le poignant The Field Where I Die (sûrement dans mon top10 si j'en avais un, et je fais ma madeleine à chaque fois, s4 ép. 5), on est là dans du haut de gamme, dans du malin, du drôle, de la distance par rapport au show lui-même.

Et c'est peut-être (en fait, j'en suis sûr) cela, cette distance, qui a fait aussi la longévité et la qualité d'X-Files, avoir cette intelligence d'apporter du rire dans la nuit, dans l'horreur, dans la folie. Sans oublier que les scénaristes et Chris Carter ont apporté grand soin à tous les personnages (rien que l’ambiguïté d'un personnage comme Skinner, ou le parcours de Krycek, ou encore la difficulté d'être l'informateur de Mulder, semblable à celle d'être le batteur de Spinal Tap), y compris les secondaires, offrant même à deux d'entre eux un stand alone, saison 4 pour l'homme à la cigarette (voir premier paragraphe) et l'excellent The Lone Gunmen (s5 ép3) pour le trio infernal et barré des Lone Gunmen (Byers, Frohike et Langly) potes théoriciens du complot de Mulder, et où l'on découvre leur rencontre sous un jour (et un final) plutôt inattendu. Et c'est tout cela qui, à coup sûr, fait que les saisons trois, quatre et cinq méritent amplement qu'on les regroupe dans un commun Premier Age d'Or de la Série. Et on le verra par la suite, ce n'est pas non plus pour rien que le season finale (s5 ép.20) de la cinquième saison se nomme The End...


...à suivre : X-Files (3ème partie 1998-2000)

31 août 2011

Star Trek II - La Colère de Khan


A part le récent reboot de JJ Abrams, voilà LE film de la saga que je conseillerais à quiconque me demanderait un film Star Trek à regarder.

Seul film sur les onze existants actuellement à reprendre une situation (James Horner reprend aussi le thème original de la série) et un personnage, Khan, issus de la série (Space Seed, Star Trek, s.1 ép. 23, un des tous meilleurs de cette saison d'ailleurs), il n'est cependant pas utile d'être fin connaisseur pour comprendre les enjeux de la folle colère et de la vengeance destructrice de Khan (impeccable Ricardo Montalban, qui reprend là, et ce n'est pas la moindre qualité du film, le rôle qu'il endossa dans la série plus de 15 ans auparavant).

Rythmé, tendu, visuellement impeccable, on prend aussi plaisir à retrouver enfin (le précédent film avait un laisser tout ça de coté) les relations entre les personnages, et surtout entre Kirk et Spock (les larmes de Kirk...). Et l'on s'amusera aussi du running gag du film sur l'âge des personnages, les petites vacheries entre la nécessité de Kirk d'avoir des lunettes et le coté "un peu vieux pour ces conneries". On regrettera juste une traduction française quelque peu hasardeuse, ne serait-ce que pour le sir (désignant un officier supérieur) traduit en monsieur (même pour ces dames) et l'étonnant "klingonnais" alors que klingon était bien suffisant et adopté depuis bien longtemps. Mais je pinaille un peu, non ?

Enfin, et surtout, voilà un vrai bon film d'action et de SF, une vraie réussite qui subit peu l'outrage des années. Et peut-être, avec le Abrams, LE film Star Trek que les trekkies peuvent brandir à ceux qui les (nous...) charrient avec "celui avec la baleine" (mais ils n'ont pas tort non plus, les films n'étant pas la plus grande réussite de l'univers trekkien).

13 août 2011

Hellboy


Vu que je ne suis pas d'humeur à tourner autour du pot, faisons simple : Hellboy fait partie des toutes meilleurs adaptations d'un comics à l'écran. Respectueux du matériau de départ et fidèle à l'esprit, Del Toro (et Mignolia, qui est loin d'avoir été un simple consultant) nous gratifie en plus d'un scénario d'aplomb, équilibré avec des personnages bien écrits et une intrigue prenante.

Entre des méchants vraiment méchants (la palme à Kroenen), des grosses séquences d'actions (la poursuite entre Hellboy et Sammael), des SFX et des décors de qualité et des acteurs au poil (aucune star mais que du bon, de Perlman à Selma Blair, en passant par John Hurt et Karel Roden en Rasputin, glacial et dérangeant), il n'y a rien a jeter. Et on ne remerciera jamais assez James Cameron d'avoir conseillé à Del Toro le maquillage (superbe travail de Rick Baker) pour Hellboy, plutôt que les images de synthèse, tant Perlman s'est glissé dans ce rôle comme dans un gant et que ce fils des enfers nous paraît vrai. Car on s'y attache, et ce n'est pas le moindre tour de force qu'a réussi Del Toro pour ce grand blockbuster.

3 juil. 2011

X-Men 2


Après un premier jet satisfaisant sans casser pour autant la baraque, Bryan Singer se devait de transformer l'essai, eu égard aux potentialités esquissées dans le volet précédent.

Il aura ainsi suffi d'une scène, la première dans la Maison Blanche, pour comprendre que Singer avait placé la barre un chouïa plus haut en terme d'ambitions formelles (rien que cette scène avec Diablo explose toutes les scènes d'action du premier) et narratives. Avec cette fois-ci un véritable ennemi (Stryker est une belle pourriture) et un contexte politico-narratif prompt à nous rappeler quelques belles heures de la guerre contre le terrorisme, Singer nous déroule l'un des grands films de super-héros de la précédente décennie, sombre, violent, où l'héroïsme prime moins que la survie.

Là où dans le précédent volet nos mutants manquait un peu de profondeur, ils gagnent ici de la prestance (Ian McKellen EST Magneto), du charisme (mamma mia Jean Grey...), de l'humanité (Mystique en particulier prend une belle dimension, au delà de la plastique de Rebecca Romjin). Surtout Singer évite la surenchère en terme de nouveaux personnages, et offre en tout cas un véritable intérêt (un Diablo très réussi) à ces arrivées.

Là où les X-Men ont souvent été intéressant dans les comics, c'est dans le sombre, la violence, le conflit avec l'humanité (le Phoenix Noir, Genosha...) et il me semble que c'est cet esprit politique et désenchanté que Synger a retrouvé dans ces deux heures de (très bon) film. Et en apercevant l'ombre d'un phœnix sur les eaux d'Alkali Lake, on ne pouvait qu'être impatient à l'arrivée d'un troisième volet...

25 juin 2011

Sucker Punch


Typiquement le genre de film qui divise, tout d'abord par l'aura que dégage son réalisateur (la lecture crypto-facho-gay de 300 lui colle aux baskets), mais aussi par l'esthétique filmique qu'il développe depuis 300, symbolisée par les ralentis iconiques qui font sa patte et ses détracteurs.

Vous comprendrez, par cette introduction, que je ne ferai pas partie de ceux-là.

Fétichiste, grandiose, grandiloquent, ultra-référencé, sexy, violent et pas sans défauts non plus, Snyder nous offre un spectacle de cinéma (tout est très réfléchi jusque dans la musique) étonnement personnel et humain, tout en évoquant un maelström de références allant de l'héroic fantasy, du steampunk, du manga à l'inévitable Alice et aux jeux vidéos (à croire que les films qui ont le mieux retranscrit les codes du JV sont ceux qui n'essaient pas d'en adapter).

Indéniablement doué techniquement, Snyder propose à nos mirettes des plans et des séquences ébouriffantes (le plan-séquence de la scène du train) mais aussi deux duos de personnages totalement opposés, très bien joués et qui portent l'âme du film : Baby Doll/Sweat Pee et Mme Gorski/Blue Jones. Et si son principal défaut, à mes yeux, est de faire des autres jolies minettes de simples side-kick un peu vides, Snyder n'est pas non plus du genre à laisser de cotés ses personnages et l'explication est donc peut-être à trouver ailleurs. Car, si le trouble jeté par le final, les trois niveaux de réalité et l'entière relecture possible dès qu'on réfléchit à nouveau à l'histoire, quand le rideau rouge s'ouvre aux premières secondes du film, tout cela donne aussi à penser ces side-kick différemment, et toute l'histoire finalement.

Coquille vide boursoufflée pour certains (et pourquoi pas ?), grand film pour d'autres, dont moi, Sucker Punch pose désormais Zach Snyder comme un réalisateur contesté, peut-être contestable mais aussi indubitablement passionné par ce qu'il réalise. Et c'est déjà pas si mal. Pour moi, c'est en tout cas un film monstre, un film qui marque, un grand moment de cinéma.

22 juin 2011

The Tree of Life


Palme d'or, chef d'oeuvre, croûte, navet cosmique, et j'en passe. Fais ton choix, camarade !

Moi je l'avais fait, avant même de voir le film.

Je suis une midinette, une midinette qui aime ne rien comprendre à des films contemplatifs dont la BO est composé de somptueux morceaux de classique, et qui pleure en écoutant la Moldau, en voyant des séquences spatiales ou de retrouvailles familiale sur une plage situé dans un ailleurs, au son du superbe Agnus Dei du Requiem de Berlioz.

Alors, je l'avoue, une seconde fois, je ne suis pas sûr d'avoir bien compris le propos du film, mais j'ai retrouvé ce qui m'a transporté déjà dans La Ligne Rouge : les voix-offs, les plans, la lumière, le grain, les musiques, les paroles, les acteurs... Et ça m'a suffit. Et ce n'est peut-être pas le chef d'oeuvre attendu, c'est peut-être une croûte métaphysiquement fatigante dès que Mallick nous parle d'autre chose que de ce cocon familial. Certains diront même que le réalisateur se regarde largement filmer ou aurait mieux fait de filer une partie de son film à la Cinquième pour ses docus géo ou paléo. Et sûrement que toutes ces critiques sont largement justifiées.

Mais je ne suis ontologiquement pas objectif. Je ne peux pas l'être pour ce genre de film, de réalisateur (mais il n'y en a pas beaucoup comme Mallick avec ce talent de mise en image). Je ne me l'explique pas. Il y a bien des clients pour tout un tas de conneries façon Camping et on ne leur demande pas pourquoi. Moi (et je vis très bien avec), mon truc, c'est l'opéra-requiem à propos de la vie, de l'univers et du reste sur grand écran, avec des images des graminées vibrant avec le vent d'été dans un champ et du Bach en fond sonore.

16 déc. 2010

Scott Pilgrim vs. The World


Le film à ne pas rater en cette fin d'année 2010 est en train, malheureusement, de passer presque inaperçu. Pour l'anecdote, Scott Pilgrim VS The World n'aura eu le droit, en tout et pour tout, qu'à une seule petite semaine d'exploitation sur Clermont-Ferrand, pour une seule séance par jour à 22h20. De vrais bonnes conditions pour qu'un film trouve son public, n'est-ce pas ?

Mais râler ne changera pas grand chose, et surtout pas le fait que je suis persuadé d'avoir vu de la graine de chef d'oeuvre, là on l'on pourrait voir au premier abord, à coté de l'adaptation de la BD éponyme, qu'une énième exploitation du filon nerdogeek, entre relations sociales plus que bancales, sentiments refoulés, amours compliqués (la Ramona Flowers a 7 ex plutôt coriaces), rock lo-fi et nostalgie 8bit. Ce que Scott Pilgrim est, et qu'Edgar Wright ne renie en rien. Mais Edgar Wirght a l'art rare de savoir mettre en image des éléments improbables tout en offrant une véritable cohérence à ses créations (Spaced, Shaun of the Dead et Hot Fuzz). Et ici, le mélange improbable entre le canevas classique du jeu de baston (battre les sous-fifres et finir par le boss), un instantané plutôt juste et loin de la caricature de l'éternel ado (Scott Pilgrim est d'une immaturité quasi maladive, à contrario de la plupart des relations qui l'entourent, mais Ramona, sous couvert d'indépendance, n'est pas plus forte émotionnellement), une belle histoire d'amour, de l'humour et un visuel jeu vidéo référencé mais jamais too much, et servant l'histoire comme l'utilisation de cette "1-UP", cette vie supplémentaire qui permettra à Scott de prendre enfin sa vie en main, ici, donc, tout cela fonctionne avec un sens de la mesure tout en préservant la folie visuelle foisonnante qui tient de l'équilibrisme, tant la forme et le fond ne forment qu'un tout subtil, grisant et cohérent.

Avec Scott Pilgrim, Edgar Wright persiste, confirme et signe : il est l'un des réalisateurs les plus doués, les plus intéressants et l'un des plus honnêtes de ces dernières années. par sa capacité à ne jamais poser tel quel les influences diverses et gimmicks issus de la sous-culture comics/b-movies/JV que l'on croise dans ses créations, mais plutôt de réfléchir à créer à partir de tout ça un univers crédible et solide, un cinéma divertissant et intelligent. Car ce Scott Pilgrim vs. The World tient ses promesses de blockbuster d'auteur de bout en bout : spectaculaire, intelligent et attachant. Et je n'ai qu'une hâte : que le DVD sorte pour me délecter encore et encore de cette belle histoire d'amour et de cette folie visuelle. Et je suis prêt à parier mon slip que si ce film est un échec commercial, le temps saura donner raison à cette expérience unique.

21 nov. 2010

Retour sur... The X-Files (1ère partie : 1993-1995)


Il y a eu un avant et un après X-Files. Non pas que cette série ait changé véritablement la face du monde, mais ils n'étaient pas si nombreux ceux à prendre vraiment au sérieux les séries TV avant celle-ci. Il faut se souvenir du phénomène que ça a été, après plusieurs années au soleil de Magnum, Mac Gyver et Miami Vice ; le fantastique, la SF, le sombre, le glauque, n'ont pas fait vraiment recette dans les années 1980, alors que les années 90 voient le retour sur petit écran de Star Trek et l'arrivée de Babylon V, qui marquent, avec X-Files le retour en force de tous ces genres à la télévision, sans oublier l'anthologie Tales from the Crypt qui sévit depuis 1989 (et ce jusqu'en 1996). Souvenons-nous aussi du merchandising, des articles y compris dans la presse plus téléramesque, des débats sur la vision du monde proposée par cette série et de quelles séries (de qualité variable) ont suivi, embrayant sur le retour en grâce des petits hommes verts, des monstres en tout genre, des psychopathes et des gouvernements secrets : Profiler, Buffy, le Caméléon, Millennium (du même Chris Carter), The Nowhere Man (oubliée aujourd'hui, ultra paranoïaque et diffusée à l'époque sur C+), Roswell, Dark Skies... Lost peut même être considéré comme une descendante directe d'X-Files, par son ambiance paranoïaque, son fantastique-réaliste et ses mystères résolus au compte-goûte.

Mais en 1993, quand arrive X-Files sur la Fox, il n'est pas question encore de tout ça. La série a le droit à sa première saison mais personne ne mise vraiment dessus et il n'est absolument pas question d'imaginer les huit saisons qui vont suivre. D'ailleurs, Chris Carter envisagea à l'époque le dernier épisode de la première saison (The Erlenmeyer Flask, s1 ép. 23), comme une conclusion de saison et de série, au cas où il n'aurait pas la chance d'obtenir une deuxième saison. Mais dès le premier épisode (le pilote devrais-je dire), tout est là : gouvernement secret, manipulation de l'information, un informateur secret (Gorge Profonde) et un mystérieux Homme à la Cigarette. Et le second épisode (Deep Throat, s1 ép. 2) enfonce le clou, dans le même genre et dans une ambiance de défiance envers l'armée suite à la première guerre d'Irak et son étrange syndrome. En élargissant très vite le champ des enquêtes non classées (à l'époque pas besoin de faire suivre absolument un épisode avec un autre), X-Files n'échappe pas au coté "monstre de la semaine", mais son ambiance crépusculaire, sa volonté de coller à l'époque (les dates des épisodes correspondent à une semaine près au jour de diffusion sur la Fox), son sérieux et son allégeance au genre avec un grand G font mouche assez rapidement. Prenons pour exemple l'épisode Ice (s1 ép. 8), véritable The Thing sur 45 minutes, ou l'éprouvant When Darkness Falls (s1 ép. 20), qui se permet en même temps un petit message écolo pas dégueu, ou encore le magnifique et touchant Beyond The Sea (s1 ép. 13). Si le reste de cette saison n'est pas toujours du même acabit, ces épisodes-ci portent déjà la marque des scénaristes et réalisateurs qui vont faire X-Files : Glen Morgan, James Wong, Chris Carter, David Nutter, Rob Bowman. Et il ne faudrait pas oublié le duo d'acteur, David Duchovny et Gillian Anderson, rapidement convaincants.

Et tout ça offre en 1994 une seconde saison à X-Files, dans la lignée de la première, et qui débute avec la fermeture du bureau des affaires non classées suite aux événements de la fin de la première saison et à nouveaux les secrets du Gouvernement autour des extraterrestres (Little Green Men, s2 ép. 1), mais surtout avec le fil conducteur de toute la démarche de Mulder : l'enlèvement de sa sœur, supposément par les extraterrestres. Et un léger changement de cap s'effectue, avec désormais la volonté de s'inscrire dans une mythologie et donc dans une continuité. A coté d'épisodes isolés (dits loners) arrivent ainsi officiellement des épisodes dits mythologiques (le fameux enlèvement de Scully du double épisode Duane Barry-Ascension, s2 ép. 5-6 et sa "conclusion" dans le très beau One Breath, s2 ép. 8) et la série va garder cette architecture de saison jusqu'à la fin. Et un second double épisode (Colony-End Game, s2 ép. 16-17) enfonce le clou avec la soudaine apparition de la sœur de Mulder...

Si les épisodes mythologiques sont de qualité, le reste de cette seconde saison devient moins anecdotique, s'étoffe lui aussi. Les épisodes brassent larges, entre possessions, parasites, expériences gouvernementales de toute sorte, démons sadiques et même des (très décevants) vampires. On retiendra tout particulièrement l'angoissant Blood (s2 ép. 3) et le décalé Humbug (s2 ép. 20), véritable hommage au Freaks de Tod Browning, plein d'humour et voyant ainsi l'arrivée dans l'équipe de scénaristes de Darin Morgan, qui marquera les saisons suivantes par ses histoires toujours empreintes d'un humour salvateur, mais jamais à coté de la plaque.

Mais ce qui marquera véritablement un tournant, tel le meurtre de JR dans Dallas (en utilisant donc la technique dite du cliffhanger, dont Dallas est l'un des rares représentants avant X-Files), c'est l'épisode final Anasazi (s2 ép. 25). Cette fois-ci, Chris Carter est en confiance, la série s'installe et commence à se vendre, elle trouve son ton, son ambiance (les fameux crépuscules, les bois, la parano ambiante...), son public. Ce season finale ne va donc pas conclure la saison, mais plutôt annoncer la suivante. Et quand cet étrange wagon rempli de cadavres et enterré au milieu du désert explose sur ordre de l'Homme à la Cigarette, avec Mulder à son bord, c'est aussi l'explosion du phénomène que va faire d'X-Files la série, avec ER (Urgences en VF), la plus emblématique des années 90.

...à suivre : X-Files (2ème partie : 1995-1998)

15 nov. 2010

Tron


On le sait, les années 80 sont pour la firme de tonton Walt LA grande période de vache maigre autant artistique que financière, avec la fin de l'âge d'or Reitherman et consort (qui se termine avec Rox et Rouky), la faible rentabilité de la branche cinéma (Mary Poppins étant même considéré comme le dernier vrai gros succés de Walt Disney Pictures) et le futur (à l'époque de la sortie de Tron) four que sera Taram. Et Tron, du moins en terme de résultat au box-office, ne fera pas exception.

Il faut dire qu'en 82, si le jeu vidéo (sous forme de bornes d'arcade principalement, mais aussi des premières Atari) était en plein boum mais aussi à la veille d'un krach qui déplacera durablement le centre névralgique du JV des USA au Japon, tout ce qui concerne l'ordinateur, la programmation, les systèmes d'exploitation et les premiers réseaux sont encore pour beaucoup presque de la science-fiction, alors que tout cela se mettait pourtant en place depuis plusieurs années, sans pour autant que cela soit étendu au grand public.

Et si, d'un point de vue de l'histoire en elle-même, Tron n'a rien d'exceptionnel (sa fin est même un peu facile et plan-plan), il propose pourtant quelque chose de rarement égalé depuis : une vision plausible et imaginative d'un réseau informatique et de l'interaction des programmes avec un système d'exploitation et son architecture (qui dans le film est signifiante à tout point de vue), ce qu'est le MCP (Master Command Program dans le film).

De plus, Tron est indéniablement un jalon technique (d'une certaine manière, il ouvre la voie à la Motion Capture que Cameron utilisera dans Avatar) qui vieillit bien, à mon grand étonnement, et Steven Lisberger offre certains paysages numériques d'une beauté bluffante, malgré la linéarité et la géométrie des triangles, parallélépipèdes et autres polygones. Au delà de la prouesse technique, il y a cette tentative réussie de proposer une esthétique du pixel, sûrement pas évidente à l'époque mais qui prend toute sa valeur aujourd'hui. On pourrait même y voir du prophétique (ce qui au moins démontre que Tron est une création, et pas juste une commande, et que Lisberger connaissait bien son sujet), à l'heure où le logiciel libre fait peu à peu son trou, certains cherchant à se débarrasser de l'envahissante présence de Microsoft et de ses programmes interconnectés, tout comme les programmeurs de Tron cherchaient à se défaire de l'emprise d'un MCP omnipotent.

Malgré la tentative de reboot par Tron : Legacy qui arrive, je ne suis pas sûr que son illustre aîné ait un jour une aura plus grand public, moins geek. Peu importe pourtant, car Tron est le genre de péloche dont Disney peut être fier, aussi réussi techniquement, presque aussi magique que pouvait l'être Mary Poppins 20 ans auparavant (bien que, soyons d'accord, rien n'égalera jamais Mary Poppins) et loin d'être gagné par la sénescence. Je l'ose donc : Tron est un Mary Poppins nerdogeek.

8 nov. 2010

Les Aventures de Buckaroo Banzai A Travers la 8ème Dimension

Parce que j'aime les anniversaires et les comptes ronds, je ne pouvais pas passer à coté de ce 200ème post de ce blog. Et il fallait donc un film spécial pour cette occasion. Et ce film spécial ne peut être, pour moi, que Buckaroo Banzai. Vu au milieu des années 80 sur Canal+ un dimanche à 18h (je devais avoir 6 ou 8 ans tout au plus), il ne m'est resté longtemps de ce film qu'un vague souvenir, celui d'une voiture traversant une montagne, et ainsi l'impossibilité de savoir quel était cet étrange film dont il ne me restait que cet unique souvenir. Bien évidement, la seule évocation de ce souvenir auprès d'amis, de connaissance afin de satisfaire mon besoin de savoir se traduisait bien souvent par une certaine circonspection, voire une légère moquerie. Puis, il y a de cela quelques années, arriva mon très cher ami Tramber qui, alors que nous allions ensemble faire du rock'n'roll près du plateau de Gergovie, n'eut presque aucune hésitation à l'écoute de l'évocation de ce souvenir cinématographique et me répondit tout de go : "Cherches pas plus loin, ton film c'est Buckaroo Banzai". Et soudain tout s'assembla, et cette félicité atteignit son paroxysme le jour où ce même Tramber m'offrit le DVD dudit film. Et grâce à lui (et chantons ses louanges !), voici donc l'heure de la 200ème chronique de Strangeloscopiques.

Je ne le sais que trop, l'enfance est rarement un bon baromètre de la qualité d'un film. Et je comprends aujourd'hui tout ce qui avait pu me plaire gamin : SF foutraque, technologie bric à brac, héros au talents plus que multiples (chanteur à succés, neurochirurgien, physicien émérite, chevalier blanc...), invraisemblance des situations et méchants déglingués. Si sans aucun doute un tel film serait quasi inimaginable à l'heure d'aujourd'hui, le fait que quelqu'un ait pu l'imaginer, que quelqu'un ait choisi de le financer, que quelqu'un y ait cru assez pour le filmer et que tout ce beau monde y croit au point d'envisager une suite annoncée dès le générique de fin (The Adventures of Buckaroo Banzai Against the World Crime League ne verra jamais le jour suite aux résultats désastreux au box office) donne pourtant à ce film un abord sympathique.

Car s'il est impossible d'en faire un chef d'oeuvre oublié, il serait tout autant facile d'en faire un nanar (ce que d'ailleurs le site Nanarland ne fait pas) de part tout d'abord un résultat d'ensemble qui ne vieillit pas trop mal et d'une inventivité assez jouissive, malgré certaines faiblesses indéniables du scénario et du rythme général du film. Entre les extraterrestres qui s'appellent tous John (certains même ont choisi des noms du genre John Bigbooty ou John Smallberries, qu'on pourrait traduire respectivement par John Grocul et John Petitecouilles), un festival de cabotinage (à rendre malade les professeurs de l'Actor's Studio) de John Lithgow dans le rôle du grand méchant, le design des vaisseaux extraterrestres à l'opposé absolu du bon goût des lignes trekkiennes ou lucassiennes et un système capable de traverser la matière (car c'est donc cela qui m'avait tant marqué enfant) au volant d'une voiture (voire d'une voiture à pédale...), il y a cette espèce d'énergie foutraque qui me fait dire que ce film n'a qu'un seul gros défaut : celui d'être un film.

Transposez tous ces éléments dans un comics, et cela passe comme une lettre à la poste. Il y a là un véritable univers de comics, ce too much attachant que le neuvième art peut se permettre, là où il peut frôler le ridicule au cinéma. Mais ce too much, ici, est modeste, donc rafraichissant. La seule prétention ici est la tentative (ratée, tout du moins au box office) de proposer un nouvel héros, un univers original, avec ses codes et sa mécanique propre. Buckaroo Banzai n'a aucune volonté de réalisme et ne s'en cache jamais ; à l'heure (attention, ceci est un constat seulement...) où les héros des années 2000 ne peuvent être qu'ancrés dans un réalisme, une certaine vérité qui rapproche le plus possible leur monde et le nôtre, où tout doit avoir origine, histoire et motivation, ce genre de film aère nos cerveaux désormais marqués au fer rouge des héros sombres post-modernes, si sérieux, grand pouvoirs grandes etc...

28 oct. 2010

Hostel


Souvent cité comme étant à l'origine du déferlement de toutes sortes de torture-porn façon Saw (pfff....) et east-sploitation (l'ancien bloc de l'est semble exciter l'imagination des scénaristes), les deux souvent mêlés, Hostel est pourtant bien plus malin que ça, et loin d'avoir pour unique but d'enchaîner les séquences craspecs de tortures sans véritable discours.

Eli Roth prend ainsi un vrai plaisir à nous mener en bateau pendant une longue première partie, sorte de clone de comédie étudiante US volontairement lourdingue (baise et défonce dans la vieille Europe, seul objectif du voyage de deux étudiants américains) et où la promesse d'un paradis de la chagatte, d'un supermarché post-soviétique de la foufoune va les faire basculer dans la seconde partie du film, où Eli Roth place peu à peu ses pions (les longs passage très dérangeants où les filles discutent en VO, sans sous-titre ni pour nous ni pour les personnages...) et resserre l'étau d'une horreur ultra-libérale.

Car, nonobstant la volonté de réaliser un film de genre, Eli Roth nous propose une vision, une certaine idée du monde dans lequel nous vivons. Et ce n'est pas la chute du Mur et ses conséquences qu'il filme, mais plutôt ce dans quoi nous nous vautrons allégrement ; situer l'action dans l'est de l'Europe est tout simplement plus évocateur, plus parlant, plus directement opposable à la toute-puissance consumériste US (il joue ainsi avec les clichés d'usage sur l'Europe de l'est) qu'incarnent ses trois petits cons. Et n'oublions pas non plus que le premier mec à disparaître est un islandais : le commerce ne s'attache pas du détail des nationalités, mais apprécie le terreau de la misère pour s'y développer...

Hostel n'a aucune volonté spectaculairement voyeuriste, et cela a pu dérouter, certains s'attendant à la vision bien plus intensive de chairs à vif et de flots d'hémoglobine. C'est un brûlot, tout aussi ou même plus violent par ce qu'il démontre que par ce qu'il montre. Un film marquant, à part, un des grands films craspecs de ces 10 dernières années. Suffisamment en tout cas pour avoir fait fleurir un paquet de péloches se réclamant plus ou moins de la même lignée mais rarement (jamais ?) à la hauteur de la taloche XXL qu'est Hostel.



PS : juste pour l'anecdote, sachez qu'on retrouve à la BO d'Hostel l'excellent Nathan Barr, celui-là même derrière la non moins excellente ambiance sonore de True Blood.

21 sept. 2010

The Rocky Horror Picture Show


Quelle mouche a donc bien pu piquer la Fox en 1973 pour produire le Rocky Horror Picture Show ? On avait beau être dans une période post-revolution sexuelle, où les moeurs se libéraient légèrement, où l'homosexualité, ou tout du moins l'ambiguïté sexuelle s'affichait un peu plus à travers les accoutrements de Ziggy Stardust et du Glam Rock, où le cinéma aussi commençait à traiter certains sujets plus frontalement. Mais difficile tout de même de comprendre le oui d'un gros studio pour produire ce film, mis à part le certain succés à Londres (le Rocky Horror Show fut joué à Londres sans interruption de 1973 à 1980) de la comédie musicale dont le film est issu.

Mais ce oui de la Fox, nous serons bien l'un des derniers à nous en plaindre. Passons sur le scénario capillotracté épais comme un kleenex et à l'intérêt tout relatif, là n'est pas le plaisir. Tout le plaisir du Rocky Horror Picture Show réside dans son outrancière singularité, cette volonté de faire un musical irrévérencieux, pas sérieux pour 2 sous, rock'n roll dans son sens cru et charnel, une péloche bis et fière de l'être, frontale, amorale et joyeusement foutraque. Rappelons-nous aussi quel choc a pu être un personnage tel que Frank-n-Furter, priapique bisexuel, transgenre joyeusement desaxé, assumant pleinement sa farouche volonté de tremper le biscuit transylvanien partout où la nature lui offre la possibilité. Un tel personnage, en 1973, n'avait rien de socialement évident, et pour se donner une petite idée des réactions hostiles de l'époque, je ne peux que vous conseiller de jeter un œil à l'épisode de la série Cold Case Creatures of the Night (saison 2 épisode 21).

Ultra référentiel (il deviendra pourtant lui aussi une référence quelques années plus tard), Rocky Horror Picture Show est une ode à la déviance joyeuse, à la SF de tout poil (la chanson d'introduction Science Fiction/Double Feature est bourrée de références et de clins d'œil à King Kong, George Pal, l'homme invisible et j'en passe) et au rock libérateur de la fin des 50's. Plusieurs des chansons sont de vrais petits bijoux, ne serait-ce que le Hot Patootie chanté par MeatLoaf, le Time Warp endiablé et sa chorégraphie suggestive ou l'effrontément sexy Sweet Transvestite.

Enfin je reste toujours agréablement émoustillé par la présence de la jolie Susan Sarandon, qui tenait l'un de ses 5 ou 6 premiers rôles sur grand écran, amusé par le duo Riff-Raff/Magenta et par le numéro de macho WASP de Barry Bostwick (que nous retrouverons avec plaisir dans le rôle du maire de NYC dans la plus que correcte sitcom Sin City), ébloui par la performance outrancière et ravageuse de Tim Curry en Dr Frank-n-Furter et toujours étonnamment surpris par la fin du film, totalement en rupture de ton avec le reste du film.

Certains voient en Rocky Horror Picture Show un authentique nanar, à la réputation gonflée par l'ambiance de ses projections cinés et son coté transgressif désormais ringard. Ringard, ce film l'est ouvertement et loin de moi l'envie de le sacrer chef d'oeuvre. Mais il y a un truc dans ce film, une sincérité, cette envie d'être outrancier, de faire un peu du portnawak mais de la faire plutôt correctement. Le Rocky Horror Picture Show, c'est une catharsis positive, 1h30 de défouloir à frustration pleine de mauvais goût qui fait du bien. Et, great scott !, le Rocky Horror Picture Show, ça fait du bien.