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17 août 2010

Total Recall



Premier des trois films que Verhoeven va réaliser pour la défunte Carolco Pictures (les 3 Rambo eighties, Terminator 2 mais aussi Last Action Hero, Stargate ou dans un autre style Music Box de Costa-Gavras), il provoquera aussi sa chute avec Showgirls (couplé au four du pourtant pas si mauvais L'Ile aux Pirates de Renny Harlin avec Geena Davis), mais c'est une autre histoire.

Devenu bankable après Robocop, le barré batave nous offre ici une série B musclée, (et pas que par la présence de Schwarzie), scriptée par Dan O'Bannon (auteur du premier Alien). Adapté d'une nouvelle de Philip K. Dick, le film reste très proche des thèmes dickiens, entre scission de la réalité et délire palpable, personnalités troubles et multiples et SF déviante. Le script multiplie ainsi les chausses-trappes, les effets de manches, les remises en cause de la réalité de ce qui se passe, et si la dernière demi-heure semble nous dire que tout cela est vrai, rien ne le certifie tout à fait, au regard des éléments distillés au fur et à mesure du film (Schwarzie vit l'aventure telle que la société Rekall lui a vendu).

Verhoeven est comme un poisson dans l'eau dans cet univers d'une planète Mars paupérisée et exploitée auquel il greffe de solides scènes d'action, où l'on ne reprend guère son souffle. Sa planète rouge pue, est difforme, mal élévée mais lutte pour sa reconnaissance contre une aséptie plus encore nauséabonde. A ce titre les maquillages et effets spéciaux donnent un vrai cachet bis et pourtant pas cheap, tant certains sont encore bluffant de réalisme, comme la fameuse péripatéticienne triplement nichonnisée, le bras décharné du conducteur de taxi ou le personnage de Kuato. Mais surtout, Verhoeven réussit une grande série B, fun, craspec, qui charcle et qui ne prend surtout pas ses spectateurs pour des vaches à lait, bien que clairement commerciale, ne serait-ce que par la présence du musculeux autrichien à l'affiche.

Coté casting, on sent, avant même Last Action Hero, une certaine distance de la part de Schwarzie face à son propre cliché (et puis, en 10 ans, il est devenu un bien meilleur acteur). Avant Basic Instinct (produit aussi par Carolco), on retrouve déjà la convaincante Sharon Stone en fieffée salope. Enfin coté second rôle, comment passer à coté de l'éternel salopard qu'est l'excellent Michael Ironside qui, à coté de la série V où il jouait le mercenaire Ham Tyler, a trainé sa tronche (dommage tout de même qu'il n'est pas toujours eu la carrière à la hauteur de sa classe) dans Scanners, Top Gun, Starship Troopers, et même Sauvez Willy, et plus récemment dans l'excellent The Machinist.

Si l'on n'est clairement pas ici sur les terrains plus glissants et plus dérangeants de La Chair et le Sang, Basic Instinct ou même Hollow Man, il serait dommage de bouder son plaisir , tant Verhoeven semble toujours trouver matière à instiller son venin délicieux dans des projets même plus commerciaux. Total Recall se déguste définitivement avec toujours autant de plaisir, et la présence du furieux batave n'y est certainement pas étrangère. Car les Pays-Bas ont donné au monde trois choses merveilleuses : en 3 son fromage, en 2 Johan Cruyff et en 1 Paul Verhoeven.

14 mars 2010

Showgirls


Il y a dans Showgirls quelque chose que je ne peux saisir. Je ne peux me résoudre à me dire que Verhoeven a fait là son pire film, quand bien même les Razzies l'aient récompensé pour ça. Pour l'anecdote, il est d'ailleurs l'un des réalisateurs nominés à être venu à la cérémonie recevoir ses prix et s'est fendu d'un discours (source : Encyclopédie du cinéma ringard, François Kahn, article Greluche et Razzies, page 148-149 et 253), ovationné par le public, remerciant les États-Unis pour le récompenser de faire, je cite, un cinéma malade, pervers et dégoutant, les mêmes raisons qui ont longtemps banni Verhoeven du cinéma hollandais.

Et Showgirls est sans aucun doute son film au mauvais goût le plus frontal, ne serait-ce que par les séquences de danse topless, avec moults effets pyrotechniques, atours clinquants et tableaux porno-chic. Kyle McLachlan, qui arbore là sa plus vilaine coupe de cheveux (et qui joue le directeur artistique du show, vu dans Dune, Twin Peaks et aussi monsieur Bree Van Der Kamp chez nos ménagères télévisuellement désespérées) et Gina Gershon (qui joue la star du show, vu auparavant dans le malin Bound des frangins Wachowsky) y sont toujours dégoulinant de perversité et de champagne, saupoudré de cocaïne, la braguette toujours prête à sauter. L'hystèrie faite corps par le personnage de Nomi Malone (l'héroïne, jouée par Elisabeth Berkeley, qui s'est ici défintivement sauvée après le gong, pour les plus anciens d'entre nous...) traverse sans repit tout le film, usant le spectateur. Peu alerte de ce qu'il allait voir, elle peut même trahir celui qui, s'attendant à reluquer un soft-porn hollywoodien friqué avec plein de bombasses remuant du popotin, tombe sur une succession de colères, de caprices, de scènes d'allumeuses. Et quand la donzelle accepte enfin de voir le loup, le pauvre bougre ne peut honnêtement pas espérer voir venir l'ombre d'une demie-molle à la vision d'une walkyrie aquatique, chevauchant son mâle (Kyle, à la mèche malgré tout toujours en place) avec une telle vigueur que l'on peut craindre pour la santé du pubis, du bassin voire du membre enfourné dudit mâle.

Oui, tout cela est cinématographiquement laid, fatigant, dégoulinant. Voire ennuyeux. Mais comme je l'ai dit, le fait que ce soit le furieux batave qui soit à la baguette de cette étrange péloche ne peut que me poser question. Certes, il a toujours aimé choquer, montrer la violence et l'inégalité des rapports humains, et que chez lui sexe et pouvoir sont toujours intimement lié (je crois que je l'écrivais déjà dans ma chronique de Basic Instinct).Et sans en faire son chef d'oeuvre maudit et incompris, son grand film malade, Showgirls ne pourrait-il justement pas être sa vision (et la vision du scénariste Joe Eszterhas, les deux compères déjà à l'œuvre sur Basic Intinct, et dont je conseille aussi Jade, de Friedkin, avec la vénéneuse Linda Fiorentino) des États-Unis et plus généralement de notre société occidentale, ou peut-être juste d'Hollywood, une vision outrancière et caricaturale, mais dont les récompenses aux Razzies sont justement la marque de la justesse de celle-ci ? Car ce ne serait pas la première fois que Verhoeven nous traterait un sujet quelconque (ici Las Vegas et l'industrie du sexe) pour nous parler de ce qui sous-tend tout ça et de ce que cela dit des hommes et de leur société...

Par le téléscopage de Las Vegas, pays clinquant, bling-bling, excessif, montant au pinacle aussi vite qu'elle les broie les créatures qui y passent, et de Nomi Malone, ex-prostituée prête à tout, arriviste, allumeuse, hystérique, peu soucieuse des gens qui s'attache à elle et toujours en fuite, Verhoeven expose et explose sur l'écran un monde auquel on ne peut s'attacher par sa vacuité, son inhumanité et sa violence. Et si le film reste raté (ça arrive même aux meilleurs...), c'est du Verhoeven, pur et dur. Et il ne peut qu'inspirer le respect par une telle hargne et une volonté à creuser toujours et encore un tel sillon cinématographique, aux thématiques puissantes et solidement accrochées à leur instigateur.

9 févr. 2009

Basic Instinct


J'aime Verhoeven. J'aime beaucoup Verhoeven : La Chair et le Sang, Robocop, Starship Troopers, Hollow Man, pour citer mes chouchous. Il faudrait aussi que je vois son dernier en date, Black Book, premier film de Paul traitant (enfin ?) ouvertement d'une période très marquante dans son histoire personnelle : la 2nde guerre mondiale.

C'est bien la troisième ou quatrième fois que je vois ce film, et mon avis reste toujours aussi mitigé. Pourtant, il y a tout ce que j'aime chez Verhoeven : son traitement et sa vision toujours frontale et rarement complaisante des instruments de pouvoir que sont le sexe et la violence.
Les femmes sont comme souvent chez le père Paul également à l'honneur, et si la miss Stone a marqué les esprits libidineux (mais tout son rôle est bien joué et bien écrit, dommage qu'elle ne trouve pas par la suite des rôle de cette densité, à part dans le sous-estimé Mort ou Vif de Sam Raimi), il ne faut pas oublier la très convaincante et trop rare Jeanne Tripplehorn (vue dans Danse avec les Loups), moins sex symbol que sa blonde camarade, mais tout aussi (voire plus à mon goût) fascinante en psy à l'éthique, dès le départ, plus que douteuse (coucher avec un collègue/patient, la classe...).
Le final est plutôt haletant, et la spirale de manipulation qui entraine Michael Douglas dans ses pires travers (c'est lui personnage le plus antipathique du film, macho, violent, enclin à toutes les addictions, sanguin...) est quand même bien menée. Quelques scènes ont mal vieilli en revanche, entre autre et surtout toute la séquence de la discothèque. A contrario, les interrogatoires en miroir Stone puis Douglas sont des grands moments de mise en scène.

Alors pourquoi n'aime-je pas totalement ce film, pourtant bien moins vide et ennuyeux que Showgirls (à moins que le vrai sujet de Showgirls c'est le vide et la vacuité de Vegas, mais c'est un autre débat) ? Je me demande si ce n'est tout simplement pas la présence de Michael Douglas dans son rôle quasi caricatural et récurrent de mec antipathique plus ou moins violent et alcoolique et détesté de sa hiérarchie. A croire que Verhoeven l'a choisi exprès (et il en est bien capable), comme l'avait fait Fincher pour son sous-estimé The Game. Michael Douglas m'emmerde le plus souvent à l'écran (sauf dans A la Poursuite du Diamant Vert, le Game sus-cité ou la Guerre des Rose qui vient soudainement de me revenir à l'esprit en me posant intérieurement la question des films que j'ai apprécié avec lui), et je crois que c'est là que le bât blesse dans ce film, en tout cas pour ma petite personne.

Parce que sinon je reprendrai bien un peu de Jeanne Tripplehorn pour mon quatre heures...