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11 août 2011

Céçuikidikiyé - Super 8


Parce qu'on ne peut rien refuser à quelqu'un qui, un jour, dans une 205 sur la route des Martres de Veyre à Opme vous permet, aux hasards de la conversation, de mettre un nom sur un film tant recherché mais au nom oublié, et ce grâce à la simple évocation de trois images gravé dans le cerveau d'un enfant de 7 ou 8 ans. Parce que je ne suis pas non plus suffisamment en forme en ce moment pour me déplacer dans un cinéma. Et enfin, parce que c'est un ami, qu'il sait écrire et que ça fait un moment que je lui propose de lui laisser un peu de place ici. Merci d'accueillir M. Fabhenry de Hautefort.


Les années 80, on est bien d’accord, c’est un peu le chant du cygne du rock’n’roll. Le punk vient de crever comme il l’a voulu, avant d’être majeur. Les synthés, la reverb baveuse et le mixage merdique des batteries se sont mis d’accord pour conjointement saccager ce qu’il reste des groupes 70’s qu’on a aimé et leurs successeurs.

Mais concernant la distraction cinématographique à grande échelle (le blockbuster), les 80’s nous ont donné quelques pièces magiques pleines d’idées farfelues et d’humour bon enfant. Si l’on excepte Star Wars (pardon, la Guerre des Etoiles à l’époque) on suivait des personnages attachants un peu (beaucoup) caricaturaux et l’action prenait place dans un monde que l’on connaissait.

Il y a ceux qui se passent à New York (Ghostbusters)

Et puis il y a ceux qui se passent dans un bled pourri. C’est l’été. On y voit rouiller un groupe d’enfants ou d’ados à caractéristiques définies (le héros pas-toujours-populaire-mais-sympa, l’intello bricolo, le comique, la jolie fille, sa copine grande gueule, etc.) Rien ne semble vouloir troubler leur ennui fait de petits jobs d’été, de râteau avec la bonasse de l’école, et de soirées passées avec des potes un peu débiles…

Quand soudain, un extra-terrestre vous demande de piloter le Navigator ou vous imprime dans la tête des plan pour aller faire les Explorers de l’espace. Ou alors ce plan est dans le grenier du papa antiquaire et le Goonies peut aller sauver Astoria. Ou sauver la terre d’une invasion qui vient de Mars. Ou même aider un E.T. à téléphoner maison (ligne fixe only)

Et moi, petit pré-ado des 80’s de Corrèze qui rouille en été, je me disait que rien n’est perdu, que le vaste monde commence justement dans mon bled pourri.

Certes, ces films sont plus ou mojns bon, mais je m’aperçois qu’ils ont une touch très 80’s et forment un élément de nostalgie plutôt sympa.

Super 8, c’est tout ces films en bien. Voire en mieux pour un certain nombre.

Le groupe d’enfants est bien typique et l’on peut s’y reconnaître mais les persos ne sont pas caricaturaux même si typés (le héros en deuil mais qui ne se la joue pas blessure secrète, son pote exalté mais immature, son copain débilos mais un peu inquiétant, la jolie qui ne se la pète pas bourgeoise,…)

Et surtout : ils sont bien dirigés. Les acteurs jouent vraiment bien. Cela n’a pas toujours été le cas dans les 80‘s. Le réal se permet même une mise en abîme : il se font un petit film de zombie (en Super 8) et les enfants sont amenés à jouer les acteurs. Bons acteur ou mauvais acteur. Déjà, avec un acteur pro, c’est pas toujours très heureux. Mais faire cela avec des enfants, c’est risquer la catastrophe (qui a dit Harry Potter ?)


Le décor est bien foutu aussi. On est 1979, mais on ne se sent pas dans une reconstitution. Abrams n’insiste pas sur les élément habituellement très 80’s, hormis la super 8 et une allusion au communisme. Le reste pourrait encore se trouver aujourd’hui. Il aurait pu nous passer à longueur de temps de la musique de merde, nous mettre des coupes mulets et des moule-burnes. Mais non. Ouf !

Avec tous ces éléments, Abrams pose une ambiance. Et c’est cette ambiance qui fait tout le sel du film. Abrams a fait le choix de mettre en avant tout ce qui nous plaisait finalement dans ces film : les liens entre les personnages, leurs sentiments respectifs, leurs secrets, leur volonté acharnée de vouloir finir leur film malgré tous les événements, etc. Tout cela prime sur une histoire de monstre / ET qui terrorise le ville. En cela, il va à l’inverse du modèle 80’s : là où, à l’époque, les personnages servaient de base identificatoire pour rendre le suspens efficient, ici c’est la trame de l’histoire qui révèle et fait évoluer les personnages. Le père dit à un moment à son fils : «c’est la première fois qu’on fait face ensemble, seuls, à une situation. » Ce qui compte est plus le lien que ça met en jeu que la situation elle-même ou la manière dont ils y font face.

Bon, c’est pas le Garçu de Pialat. Ni même Tomboy. Y’a quand-même une histoire d’E.T. avec des effets spéciaux bien faits et des scènes d’action haletantes. Mais ce qui reste c’est cette nostalgie sympa de nos jeunes étés ennuyeux où finalement tant de choses se sont passées et ont pu faire de nous un peu de ce que nous sommes.

Fabhenry de Hautefort

26 juil. 2009

Duel


Plusieurs années après sa première vision, qui fut plus que marquante (jusqu'à en faire une vraie crainte dans la vie réelle), le premier long du père Spielberg (qui est en fait au départ un téléfilm, mais qui fut finalement primé comme film à Avoriaz) garde toute sa puissance et reste l'un de mes films fétiches, le genre de chef d'oeuvre indépassable, un jalon, tout comme je l'expliquais, pour un autre genre de film, ici pour le Silence des Agneaux.

Avant de louer la réalisation de Spielberg, un petit hommage préliminaire au grand Richard Matheson, grand écrivain (le classique Je Suis Une légende, La Maison des Damnés, exceptionnelle enquête dans une maison hantée, qui offre des passages malsains, pervers et horrifiques à souhait, et le très beau Le Jeune Homme, La Mort et le Temps) et grand scénariste ayant principalement officié à la télévision pour The Twilight Zone et Star Trek (comme pour cet épisode). C'est à lui que l'on doit l'excellent scénario, tiré d'une de ses nouvelles, de ce film : une idée presque folle, simplissime à y regarder de loin, celle d'un homme en voiture poursuivi par un camion qui semble visiblement vouloir le tuer, sans raison apparente.

Et c'est là que réside la force du film, brillament mis en image par Spielberg (certains plans, certaines images sont assez exceptionnelles) : cette peur primale causée par l'ignorance. Pourquoi vouloir me tuer ? Pourquoi moi ? Et la seule nécessité qui s'impose est la survie coûte que coûte, le plan final démontrant le vide dans lequel le conducteur est, car le mystère reste entier. Et si le film est avare en dialogue, c'est pour mieux souligner l'absence de raison, l'arrivée d'une certaine folie, d'un déni d'humanité (seule reste la voix intérieur du conducteur poursuivi). Après la toute première poursuite, les voix humaines arrivent presque comme un soulagement, vite effacé par la peur qui reprend le dessus à la vision du monstre mécanique (quel icône !) qui est garé à deux pas du diner. Les dialogues disparaissent soudain, et les regards prennent le dessus, se dévisagent (le conducteur est-il dans le diner ?) et l'angoisse, jusqu'à la fin, ne quitera presque plus notre conducteur, et désormais, chaque tentative de renouer avec la civilisation sera empêché par le camion.

Le titre résume on ne peut mieux le film. Quoiqu'il fasse, qu'il tente, cela est une duel, et se finira comme tel, entre David (la Plymouth rouge) et Goliath (l'immense truck rouillé, dont on sait qu'il est conduit par quelqu'un, mais son invisibilité à l'écran donne une force supplémentaire au camion, quasi surnaturelle). Je ne voudrais pas trop m'avancer, mais il me semble que Stephen King (grand admirateur de Matheson au deumeurant) n'a pu être qu'influencé par Duel pour Christine, au moins au niveau des voitures (la Plymouth rouge également) et l'"âme" du monstre mécanique.

J'ai une relation parfois conflictuelle avec Spielberg. je lui trouve un talent d'entertainer exceptionnel (les Indiana Jones) et aussi une capacité à dire, à raconter et à transmettre des choses d'une grande intelligence dans ses films (la Couleur Pourpre par exemple). Mais je regrette parfois certains parti-pris (le non-respect de l'esprit K-Dickien dans la fin de Minority Report, un plan d'un drapeau US too much et inutile dans le Soldat Ryan) et je reste dubitatif, bien que j'apprécie beaucoup le film, quand au fait qu'il ait été le meilleur choix pour réaliser A. I. (mais pas sûr qu'un meilleur ait pu être fait). Je trouve surtout qu'il a perdu une certaine folie, celle-là même qu'il lui a permis de réaliser Les Dents de la Mer, l'oublié 1941 ou même ET.

Cependant, il reste indéniable, et Duel en a été la première et éclatante preuve, que Spielberg est un cinéaste majeur de ces quarante dernières années. Quelques soient ses choix artistiques et scénaristiques, il nous laisse quelques bobines fortes, puissantes, roublardes et terriblement efficaces à nous mettre devant les yeux.