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26 nov. 2010

Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban


Ne tortillons pas du popotin pour faire nos besoins droit : le Prisonnier d'Azkaban est à l'heure actuelle la meilleure adaptation à l'écran d'un volume de la saga d'Harry Potter.

Et j'ai eu beau regarder, comparer les fiches techniques du précédent volet de Columbus et celui-ci, les différences entre ceux-ci sur le papier semblent en apparence presque anecdotiques : augmentation du budget de 30M$, remplacement pour Dumbledore de Richard Harris (décédé après la Chambre des Secrets) par Michael Gambon (et à l'écran le changement passe comme une lettre à la poste) et l'arrivée d'Alfonso Cuaron (qui réalisera 3 ans après ce Potter-ci les Fils de l'Homme) à la place de Chris Columbus.

Si au scénario nous retrouvons le fidèle Steve Kloves (auteur des scénarios de tous les films à l'exception de l'Ordre du Phoenix), il semblerait que ce soit justement le changement de réalisateur qui ait fait toute la différence sur la pellicule. Bien sûr, Poudlard évolue aussi, moins magique, plus réaliste mais tout aussi enchanteur. Mais au-delà du décorum, Cuaron a réussi à saisir le cœur du livre, l'esprit, sans grands effets de manche, simplement en prenant son sujet sérieusement et révélant enfin à l'écran que l'intérêt d'Harry Potter ne réside pas dans la magie et ses oripeaux mais dans ses personnages. La relation entre Lupin et Potter, aspect important du livre, est également au cœur du film et est ainsi rendu avec beaucoup de justesse malgré les contraintes de l'exercice même d'un film estampillé Potter ( 2h10 pas plus, cahier des charges pointu, quota de merveilleux, etc...).

Car Cuaron n'en oublie pas non plus la commande, et à ce titre offre parmi les séquences les plus éprouvantes de la saga cinéma avec les Détraqueurs (enfin des créatures poudlardiennes dont le rendu à l'écran vaut celui des livres), grande réussite visuelle de ce film, ainsi que le très fun voyage en Magicobus. Difficile non plus de cracher sur le casting, que ce soit dans le choix des acteurs (le sous-estimé David Thewlis campe un Lupin au plus juste, Emma Thompson dans un contre-emploi aux petits oignons et le "ça n'aurait pu être que lui" du film en la personne de Gary Oldman en Sirius Black) ou dans la direction d'acteur. Car si le talent d'un Rupert Grint (Ron Weasley) explose, celui de Daniel Radcliffe est moins flagrant (mais il reste encore crédible dans le Prisonnier d'Azkaban) et la vision des épisodes suivants démontre là aussi que Cuaron n'a pas juste été un yes-man.

Par des enchainements simples mais efficaces (le fil des saisons vu du saule cogneur), il offre une narration aboutie, fidèle et prenante qui donne parfois envie de foutre une paire de claques aux producteurs afin d'offrir à Cuaron la possibilité de tout refaire, fantasme un peu vain et terriblement frustrant. Car si le Prisonnier d'Azkaban est en tout point ce qu'on était en droit d'attendre d'une adaptation d'Harry Potter, il révèle malheureusement les errements et la démarche avant tout mercantile de la Warner, qui fait de la saga poudlardienne, excellente d'un point de vue littéraire, un succés indéniable au cinéma, mais qualitativement boiteuse en ce qui concerne le septième art.

2 juil. 2008

Les Fils de l'Homme


Pas de copain-copine du mois pour débuter ce mois de juillet, mais un (grand) film : Les Fils de l'Homme, d'Alfonso Cuaron.
Alfonso Cuaron, réalisateur mexicain si je ne m'abuse, réalise là son premier film d'anticipation, mais avait déjà œuvré à la réalisation avec succès et qualité sur le Prisonnier d'Azkaban, troisième (et meilleure adaptation au cinéma à ce jour) volet des aventures du sorcier binoclard (mais non pas Bill Gates, mais non pas Jean-Paul Sartre, Harry Potter enfin !), et en tant que producteur de Guillermo Del Toro (rhââââ Hellboy 2 arrive !!!!) sur les deux magnifiques films l'Echine du Diable et Le Labyrinthe de Pan.
Plusieurs casquettes pour ce film avec entre autre l'adaptation et le scénario (tiré d'un bouquin du même nom de P.D. James) ainsi que le montage et donc la réalisation.

Pour faire vite, l'histoire se situe en 2027 dans une Grande-Bretagne qui semble être le dernier îlot de "civilisation", mais baignant dans un climat hautement sécuritaire, paranoïaque et autoritaire, dans un monde apocalyptique où plus aucune femme n'a enfanté depuis 18 ans et où le cadet de l'humanité vient de mourir assassiné, ce qui termine d'achever le moral de la population mondiale. Je ne souhaite pas en dévoilé plus quant à l'histoire, et puis là-dessus Wikipédia fait très bien son boulot.

Sur un scénario ultra classique (un homme qui n'avait rien demandé doit sauver le dernier espoir d'humanité), Cuaron construit, comme il l'avait fait avec HP3, lentement son film (bien qu'il ne fasse qu'1h40), son intrigue et s'attache avant tout aux personnages, tous bien écrits il faut l'avouer, sans pour autant négliger le déroulement de l'histoire. Le spectaculaire vient non pas de l'action même comme on pourrait l'imaginer pour ce genre d'histoire, mais du cadre, de l'arrière-plan, des détails instillés ci ou là (pubs, flashs, actions des figurants). Les décors sont à ce titre assez exceptionnels de décrépitude et de désenchantement. Cela m'a renvoyé immédiatement à Soleil Vert, ou à ces images de la Guerre de Yougoslavie qui m'avait tant marqué dans ce documentaire que Canal+ avait diffusé il y a une dizaine d'année.
Ce film bouleverse véritablement, sans jamais tomber dans le pathos, en renvoyant pourtant à des images trop bien connus, comme ces réfugiés parqués dans des cages ou dans des trains aux vitres grillagés.
Si Clive Owen (comme souvent excellent) porte son personnage et qu'il y ait bien peu de scènes où il n'apparaisse pas, tout ne repose pas sur lui, ou sur son "héroïsme", jamais spécialement mis en avant mais jamais occulté non plus. Le film repose principalement sur la mise en image du scénrio, et Cuaron nous démontre qu'il est loin de filmer avec ses pieds (quel plan-séquence dans le camp de réfugiés !) mais sans pour autant tombé dans la branlette et la démonstration. sa réalisation de même que les acteurs (touchant Michael Caine) sont là pour l'histoire.
Un vrai grand film d'anticipation à la Soleil Vert, juste, dur, touchant, bien écrit, prenant et intelligent.

Pour enfin, malgré 3 nominations aux Oscars et une sélection au festival de Venise et un ou deux prix si je ne m'abuse, ce film n'a été diffusé qu'une semaine sur Clermont-Ferrand. Et en guise d'extrapolation, il faut savoir que la société Ciné-Alpes, propriétaire de la quasi-totalité des cinémas clermontois a décidé, en plus de remplacer ses caissières par des bornes automatiques qui ne prennent ni chèques ni espèces, de ne plus diffuser de film interdits au moins de 16 ans...
Sur ce...