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14 août 2011

Hellboy 2 : Les Légions d'Or Maudites


On ne change pas une équipe qui gagne, dit-on. Mais encore faut-il gagner avec la manière. Si Hellboy est une franche réussite, sur tous les points de vue, j'ai du mal à l'être autant emballé par sa suite même si, à première vue, tout semblait être réuni pour me faire frétiller mes neurones de fanboy primaire, avec, en premier lieu, un fantastique encore plus présent, que Del Toro chérit particulièrement.

Et c'est sûr que visuellement, il n'y a rien à redire : c'est superbe, grandiose, merveilleux. Du travail d'orfèvre. Mais ça ne fait pas un film, surtout un film d'Hellboy. Et c'est là où le bât blesse.

Comme dans Blade 2, happé par cette civilisation elfique et ce monde magique en fin de cycle, Del Toro lâche son BPRD, un peu en cours de route, préfèrant disserté sur une magie qui se meurt, tel cet esprit de la nature (séquence grandiose mais amère), détruit par le BPRD pour sauver la ville, dernier représentant de son espèce, qui meurt en offrant la nature à la ville dans une séquence émouvante mais perturbante, car il nous manque le principal : de vrais ennemis.

Le prince elfe est un ennemi malgré lui, par ses méthodes, mais son combat se comprend. L'esprit de la nature est un ennemi malgré lui, lui aussi. Seuls les créatures anthropophages de la salle des enchères nous offrent notre dose d'ennemis digne de ce nom, là où la clique de Rasputin nous en donnait pour notre argent dans le premier.

Alors c'est peut-être un pari de la part de Del Toro, de ne pas avoir voulu nous faire un méchant bigger and louder (et pourquoi pas d'ailleurs), mais on perd aussi un peu Hellboy, plus caricatural, moins attachant que dans le premier. Il y a une ambiance de fin de règne, de déprime glissant doucement vers la dépression dans ce film, peut-être volontaire mais mal gérée, qui rend au final le film bancal. Comme si, entre son appétit pour les univers fantastique et son amour du personnage et de l'univers d'Hellboy, Del Toro avait clairement laissé ses pulsions prendre le dessus sur le film.

13 août 2011

Hellboy


Vu que je ne suis pas d'humeur à tourner autour du pot, faisons simple : Hellboy fait partie des toutes meilleurs adaptations d'un comics à l'écran. Respectueux du matériau de départ et fidèle à l'esprit, Del Toro (et Mignolia, qui est loin d'avoir été un simple consultant) nous gratifie en plus d'un scénario d'aplomb, équilibré avec des personnages bien écrits et une intrigue prenante.

Entre des méchants vraiment méchants (la palme à Kroenen), des grosses séquences d'actions (la poursuite entre Hellboy et Sammael), des SFX et des décors de qualité et des acteurs au poil (aucune star mais que du bon, de Perlman à Selma Blair, en passant par John Hurt et Karel Roden en Rasputin, glacial et dérangeant), il n'y a rien a jeter. Et on ne remerciera jamais assez James Cameron d'avoir conseillé à Del Toro le maquillage (superbe travail de Rick Baker) pour Hellboy, plutôt que les images de synthèse, tant Perlman s'est glissé dans ce rôle comme dans un gant et que ce fils des enfers nous paraît vrai. Car on s'y attache, et ce n'est pas le moindre tour de force qu'a réussi Del Toro pour ce grand blockbuster.

11 nov. 2008

Les films de ces deux dernières semaines

Il y a des périodes comme ça, où j'arrive à voir pas mal de films en peu de temps, et ce pour mon plus grand plaisir. Il se trouve qu'en plus, la télévision a semble-t-il un peu plus de goût que d'habitude pour la programmation ciné. Un regain de qualité en attendant les horreurs de Noël (sauf si Un Jour sans Fin est diffusé bien sûr) ?

Comme je n'est pas forcément le temps ni l'envie ni le déclic pour en faire à chaque une grosse critique, voici un petit tour d'horizon des péloches ingurgitées ces deux dernières semaines (Transformers, critiqué hier, en fait partie).

30 Jours de Nuit (David Slade) : je n'avais pas vu un aussi bon film de vampire depuis Vampires de Carpenter. Une (vraie) ville paumée au fin fond de l'extrême nord de l'Alaska qui s'apprête à vivre comme chaque année 30 jours de nuit. Une bande de vampires, des vrais, des prédateurs qui viennent là pour bouffer sans laisser de trace débarque. Des survivants essayent de s'en sortir. Tendu (la nuit constante y fait pour beaucoup), prenant, efficace, sans fioritures, un final tragique et émouvant, des acteurs au poil (Josh Hartnett convaincant et Melissa George excellente). Encore un bon film qui n'a pas eu les honneurs d'une sortie ciné à la hauteur de ses qualités.

Blade 2 (Guillermo Del Toro) : persuadé de l'avoir vu, j'y suis retourné avec plaisr. En fait, je ne l'avais jamais vu et j'étais donc resté sur le premier. Le deuxième volet des aventures du monolithique diurnambule supplante le premier (pourtant pas dégueu) haut la main, et l'on sent que Del Toro a testé visuellement beaucoup de choses en vue de son premier Hellboy. Comme souvent désormais avec lui, il prend un matériau de base et en fait quelque chose de plus fantasy et souvent moins manichéen (l'alliance entre Blade et les troupes d'élite vampire, la relation entre le patriarche vampire et sa fille, qui semble d'ailleurs beaucoup plus l'intéresser que Blade, la vampirette devenant, avec son frangin génétiquement modifié, presque le personnage principal au fur et à mesure du film). Les "nouveaux" vampires, les Reapers, n'ont plus grand chose à voir avec leur cousin et sont ainsi de vrai monstres au sens le plus fantasy du terme. Wesley Snipes reste Wesley Snipes, pas de surprises en revanche de ce coté là. Mais mention spéciale aux vampires : Leonor Varela (Nyssa la vampirette), Luke Goss (LE Reaper) et Ron Perlman (Rienhardt, un mercenaire bourrin et haïssant cordialement le diurnambule). Un bon film de Del Toro, mais est-ce encore un film de vampire ?

28 Semaines Plus Tard (Juan Carlo Fresnadillo) : J'avais beaucoup aimé le premier, 28 Jours Plus Tard, et il faut bien avouer, je ne voyais pas trop l'intérêt d'en faire un deuxième vu la fin du premier. Mais une connaissance m'en avait parlé plutôt en bien, et comme l'on s'entend plus bien question cinéma, j'ai donc été y jeter un oeil. Puis le deuxième. Une séquence d'ouverture chargée en adrénaline et plutôt tragique, qui nous replace au moment du premier film. Puis nous voilà donc 28 semaines plus tard, dans une Albion encore en reconstruction, mais sans trace du virus. Sauf qu'il y a un sauf et que tout ça va se casser la gueule dans un bain de sang. Je n'en dis pas plus pour ne pas dévoiler le pourquoi du comment, mais celui-ci est plausible. Robert Carlyle est... étonnant, et il reste en toute situation un excellent acteur. Le film se tient debout, est loin d'être à coté de la plaque et il est surtout efficace et se permet deux ou trois scènes psychologiquement éprouvantes (le tir aux pigeons en pleine ville...). Ce n'est pas une suite indispensable, mais c'est une suite largement honorable et qui va au delà de la simple exploitation.

Traffic (Steven Soderbergh) : le dernier vu en date, hier soir sur France3. Visuellement plutôt virtuose (codes couleurs, camera documentaire qui évite le mal de mer), scénaristiquement aussi (intrigues sans lien direct mais entremélées de fait, comme il s'agit du trafic de drogue vécu à des niveaux différents). Le casting est au petits oignons : Catherine Zeta-Jones impeccable, Michael Douglas que je n'avais pas autant apprécié depuis longtemps, Benicio Del Toro tout aussi impeccable, Miguel Ferrer (tellement mieux que dans la série sous-CSI Preuve A L'Appui), Topher Grace (Venom dans Spiderman 3, Eric Forman dans That 70's Show) en petite charogne du beau monde, Don Cheadle, Luis Guzman, Dennis Quaid, et une tripotée de seconds rôles du genre je les ai déjà vu quelque part mais je sais jamais comment ils s'appellent. Mais bon, non pas que je me sois emmerdé, loin de là, mais sous toute cette maîtrise filmique est des fois tape à l'oeil (avec la saturation à bloc, on a vite compris que le Mexique c'est chaud, sans pitié, poussiéreux et pesant ; ainsi que dans les arcanes du pouvoir, la lumière bleue, c'est donc froid, sans pitié, presque inhumain, bon ben voilà ok, c'est bon la couleur normal c'est bien aussi et on arrive aussi à faire passer des trucs). C'est tout Soderbergh : doué techniquement, sûrement cultivé mais avec la grosse tête et le besoin, un peu comme Michael Bay finalement, de se faire mousser et d'en jeter un max à l'écran. Qui plus est, on ne sait pas trop ce que veut nous dire Soderbergh au delà du constat. La drogue c'est mal ? Les politiques sont impuissants face aux gros méchants dealers ? Les mexicains sont (presque) tous corrompus ? Les (anciens) gauchistes sont tous laxistes face à la drogue ? Seul le discours du personnage de Topher Grace face à Michael Douglas, par rapport à l'amalgame noir/dealer, semble donner un peu de corps au contenu du film, finalement classe dans la forme et bien mené mais creux dans le fond. Dans ce même principe je préfère vraiment Ocean's Eleven, et quitte à ce que Soderbergh fasse le sérieux à fond, je l'ai trouvé plus convaincant avec son Solaris.

Prête-Moi Ta Main (Eric Lartigau) : déjà vu au cinéma, la seconde vision m'a confirmé la première. Une comédie romantique française sans prétention et qui réussit finalement son coup grâce à une volonté de ne pas faire de l'américain à la française. Chabat et Gainsbourg forment un couple qui fonctionne vraiment bien à l'écran, et les situations font mouches. Bernadette Lafont est également infernale en mama. A la fin, on ne s'ennuie pas, même si on sait que l'on n'a pas vu le film du siècle.

Ben voilà, je voulais faire court, j'ai fait presque trop long...

13 nov. 2006

Le Labyrinthe de Pan


Vu hier au cinéma, le dernier film (cliquez ici pour lire le résumé) d'un des tous meilleurs réalisateurs de ces 10 dernières années, le mexicain Guillermo Del Toro, coupable également de Cronos, Mimic, Hellboy (vivement la suite !), Blade 2 (le seul qui vaille vraiment la peine) et L'Echine du Diable (qu'il me faut voir très rapidement !).
Comment le jury du dernier festival de Cannes a-t-il pu oublier dans son palmares un tel film ? Visuellement exceptionnel, que ce soit dans le monde onirique d'Ofelia (l'heroïne du film, superbe Ivana Baquero) ou dans la réalité implacable du moulin du capitaine Vidal, le grand méchant du film. Sergi Lopez, justement, a sûrement trouvé ici l'un de ses plus grands rôles et montre un jeu d'acteur tout en sobriété, en nuance, en simplicité pour un personnage pourtant détestable, arrogant, ignoble et monstrueux. Pour poursuivre dans les acteurs, à noter également la prestation de Maribel Verdù (là encore, juste, sobre et touchante) dans le rôle de Mercedes, une servante, le loup dans la bergerie, resistante à l'oppression du capitaine et la seul véritable amie d'Ofelia dans la réalité.
Il est ainsi à saluer les partis visuels et narratifs sans concession de Del Toro dans ce conte de fée sombre et magnifique, entre autre sur le fait de montrer que l'enfance n'est en rien un monde d'innocence, de pureté et dehors de toute réalité. La sobriété est ce qui m'a le plus frappé, et sûrement la plus grande réussite de Del Toro pour nous conter cette histoire tragique, qui aurait pu 100 fois tomber dans le pathos, avec un méchant grand-guignolesque ou un monde onirique trop enfantin pour être honnête. Mais là encore, tout comme dans Hellboy, Del Toro s'attache à la psychologie de chacun des personnages, même des pires, sans jamais négliger la forme. La mort est biensûr présente, mais jamais surjouée ou exceptionnellement gore, ou bien encore avec des ralentis ridicules visant à accentuer un sacrifice héroïque quelconque. De la sobriété, je vous dis...
J'ai peur d'être redondant, alors je m'arrête là. Juste pour finir, j'avais jamais été autant touché par un film depuis Big Fish, de Burton. Je pense vraiment que Del Toro, tout comme Peter Jackson, devient l'un des réalisateurs importants de ces 10 dernières années, capable de rester fidèle à sa vision du cinéma et à ses premières amours (le cinéma de genre) tout en utilisant les moyens des studios. Cf. pour les deux réals : Hellboy, Le Labyrinthe de Pan, Le Seigneur des Anneaux et King Kong.

Restons dans le cinéma, juste pour un ou deux coups de gueule. Primo, envers les cinéma de Clermont-Ferrand et ses alentours qui négligent sans honte le cinéma de genre un tant soit peu craspec (ex. The Descent, ou plus récement Snakes on a Plane ou Severance) qui ont le droit à une semaine d'exploitation, à des horaires impossibles, et puis s'en vont. Les plus chanceux ont le droit à 2 semaines (La Colline à des Yeux) ou 3 (Hostel, Land of The Dead). Alors que le genre se renouvelle joyeusement, en opposition à ces soi-disant films gentillets qui font peur du genre bande d'ados à la Scream, et qu'il y a clairement un public pour ça, on va préférer passer le dernier Resnais pendant 4 ou 5 semaines (rien que la BA je me suis fais chier). Le public d'un ciné est aussi dans ces fanas de gore, de fantastique et de canines acérées (j'aurais adorée qu'il y ait la ressortie du Bal des Vampires sur Clermont). Deuzio, où est passé Les Fils de L'Homme, un film d'anticipation réalisé par Alfonso Cuaron (copain de Del Toro, ayant produit le Labyrinthe de Pan, le seul réal qui ait réussi son Harry Potter, et haut la main d'ailleurs, avec Le Prisonnier d'Azkaban), unaniment salué, avec apparement un Clive Owen (comme d'habitude) excellent, une réalisation et un scénario évitant tous les écueils de ces films où le héros, ex-militaire, sauve l'humanité (bien que ce soit le point de départ du film, grosso modo). Il n'est passé nulle part, en tout cas sur Clermont : félicitations pour cet oubli, messieurs les exploitants, et vive Alain Resnais !