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29 août 2013

Cloud Atlas


Grosse, voire très grosse plantade au box office US, succès trèèèès modeste dans notre humble contrée, l'énorme machine du trio Wachowski's-Tykwer n'a clairement pas trouvé énormément de spectateurs avides d'une histoire de l'humanité à travers quelques siècles.

Et sur le papier, on peut difficilement les en blâmer. Trois réalisateurs, un casting jouant tous les rôles à travers toutes les époques, un habillage new age, et surtout un enchevêtrement façon film choral de 6 histoires sur 6 siècles, le tout pendant trois heures, qui a de quoi rebuter.

Bon, après, je ne vous cache pas qu'il y a toujours des clients pour une grande épopée en cinémascope sur la vie, l'univers et le reste. Genre moi.

Et oui, ça sent le casse-gueule. Et j'ai passé une bonne partie du film à craindre que tout ça se plante. Et pourtant, non, cela n'arrive jamais. Tout le film se tient, de bout en bout. Malgré les passages de la tragédie à la comédie, de la SF au oripeaux du 19ème, de l'amour à la violence, du thriller politique à la quête mystique. Malgré les ruptures de ton, les acteurs et actrices jouant 3 4 5 6 rôles, une certaine idée du karma plus ou moins présente tout du long. Malgré tout ce qui ferait que ce film aurait pu être un immense plantage, il est au final l'un des plus beaux et plus grands films que j'ai pu voir en 2013. Et si j'osais en rajouter dans le genre expansif, je m'avancerai jusqu'au 10 dernières année.

Et au delà des qualités des trois réalisateurs, rendons grâce surtout au monteur Alexander Berner qui a su gérer avec un certain brio ces histoires entremêlées, en conservant leur intégrité propre tout en donnant de la cohérence à l'ensemble (et tout ça sur près de 3 heures...).

Et qu'il est bon et beau d'avoir, une fois de temps en temps, un grand spectacle, intelligent, original et émouvant. De sortir d'une salle obscure (en chialant comme une madeleine) avec le sentiment d'avoir vu un vraie réussite cinématographique à tous les niveaux (casting, sfx, montage, photo, réalisation, scénario, musique...), où tout s'accorde, même sur la brèche, et ce sans jamais tomber du côté de la croûte pompière et indigeste. Et bien que le box-office mondial ne lui ait pas rendu justice, Cloud Atlas est juste un très grand film.

Allez. Et affirmant que je n'en fais pas trop, je l'ose. Cloud Atlas est un chef d’œuvre.


16 août 2013

John Carter


Gros échec comptable pour Disney (des têtes sont même tombées), et particulièrement aux USA, John Carter a-t-il donc mérité qu'on ne se déplace que peu (et moi le premier) pour lui ? Rebuté par l'idée qu'Andrew Stanton (Nemo et Wall-E tout de même) réalise en live, que Disney se (re)mette à la SF et par une bande-annonce guère aguicheuse, je suis donc moi aussi passé à côté en me disant que je le verrai bien un de ces quatre sur la petite lucarne.

Quel andouille.

Malgré une entame un peu molle, le film démarre dès l'arrivée sur Mars. Stanton nous déroule ainsi un grand spectacle (quels paysages) bien dosé, aux scènes d'action efficace et surtout à l'esprit pulp/fantasy/aventure très premier degré et particulièrement rafraîchissant, mais aussi dans l'esprit des livres d'E. R. Burroughs dont ce film est librement adapté. On pinaillera cependant volontiers sur le duo d'acteurs vedettes un peu fades (Taylor Kitsch et Lynn Collins), contrebalancé par un casting de seconds rôles de haut vol (Mark Strong, Ciaran Hinds ou Bryan Cranston pour ne citer qu'eux).

On se laisse ainsi facilement transporté par ce John Carter, bercé par l'excellente musique de Michael Giacchino (le grand comparse de JJ Abrams depuis Alias), gros plaisir absolument pas coupable à condition de se rappeler des fois que le cinéma est aussi un divertissement qui n'a pas besoin de se moquer de lui-même pour être intéressant.

13 août 2013

A Scanner Darkly


Philip K. Dick est peut-être bien l'un des auteurs de SF préféré d'Hollywood (au moins une dizaine de films tirés principalement de ses nouvelles), et on ne compte plus les références et influences plus ou moins marquées dans tel ou tel péloche. Ce qui est, pour rester sur les adaptations, au demeurant plutôt étonnant si l'on considère qu'une bonne partie de ses romans reste d'un accès pas si simple (filez Ubik à un profane...). Mettons tout de même un bémol sur cette affirmation en ce qui concerne les nouvelles, plus accessibles tout en restant très dickiennes, dont des films comme Total Recall (dois-je préciser que je parle bien du Verhoeven), Planète Hurlante et Minority Report (même si la fin...) en sont les meilleurs exemples.

Tout ça, au final, pour introduire l'adaptation de Substance Mort (A Scanner Darkly, donc, en VO) par le touche-à-tout Richard Linklater. Où l'on découvre, quand on veut adapter du Dick, que le roman est définitivement plus casse-gueule que la nouvelle. Et si la rotoscopie sied parfaitement aux visions hallucinées des protagonistes (excellente séquence d'ouverture), si le casting est impeccable (ou presque, Downey Jr. en fait tout de même un peu trop), si l'esprit du livre, la narration, les faux-semblants, la perte de repères, la folie qui s'insinue, si tout cela n'en fait pas la plus honteuse des adaptations dickiennes, loin s'en faut, je me donne le droit de bouder quelque peu mon plaisir.

A Scanner Darkly est ennuyeux, sans pour autant se planter, manquant de rythme, ou en tout cas ne réussissant pas à retranscrire la torpeur pesante du livre, avec cependant un emballage formel adéquat et bien pensé. Linklater nous offre un film ni-ni, ni raté, ni réussi, ni pénible, ni emballant. Oubliable mais pas honteux. Mais oubliable tout de même.

12 août 2013

Troie


Superproduction aux arômes de croûte hollywoodienne, casting boursouflé de stars, brushing et bronzage impeccables, et cette faculté hollywoodienne à s'écarter volontiers, et ce plus que dans les détails, de la lettre originelle (pas une ombre ici des ficelles tirées par l'Olympe), Troie paraissait un bel attrape-nigaud pour tout nostalgique du péplum.

Mais pourtant un truc cloche, car ça fonctionne. Et ce n'est pas tant du côté du réalisateur (Wolfgang Petersen, honnête et solide ouvrier de studio) qu'il faut chercher mais plutôt du côté du scénariste, David Bienoff, auquel on doit l'adaptation (avec D. B. Weiss) de la saga Game of Thrones sur HBO. Et sans non plus en faire un chef d’œuvre, on sent tout de même déjà l'amour du jeu de pouvoir, et cette volonté de montrer la puanteur de ces jeux, de leurs justifications, de leur cruauté, de leur violence.

David Bienoff retourne ainsi tout ce qu'on croyait voir, où l'héroïsme n'affleure guère dans cet océan impérialiste et suffisant, si ce n'est dans la lame d'Hector (exceptionnel Eric Bana, qui vole la vedette à tous ces camarades) ; à croire même que Bienoff a pris un malin plaisir à faire passer une grande partie de son casting pour des extrémistes, des fous, des idéalistes bas du front ou des victimes bien contentes de patauger dans leur malheur, à commencer par ses trois VIP ultra beautiful people (Pitt, Bloom et Kruger).

Si on ajoute à cela une réalisation efficace, une violence étonnante et finalement bienvenue (à condition de regarder le director's cut) et des SFX qui tiennent encore sacrément la route 10 ans plus tard (le film est de 2004), Troie nous laisse ainsi à penser qu'on peut toujours, au détour d'un visionnage quelque peu inattendu (ici, grâce à une connaissance qui vous le vend comme l'un de ses films fétiches au détour d'une conversation sur Star Trek qui dévia sur Eric Bana), se faire avoir par Hollywood et ses oripeaux.

24 mai 2013

Only God Forgives


Au cas où vous n'étiez pas au courant, le duo de Drive (Refn/Gosling) est de retour, et c'était évident que cela ferait tremblait d'excitation et que le fantasme serait symétriquement inverse à la déception. Comme si Drive avait occulté les réalisations de Refn précédentes. Pusher, Valhalla Rising, anyone ?

Ah ben voui, c'est sûr que Refn, c'est pas Audiard ni Tarantino en terme de dialogue foisonnant. Violent ? Ah tiens, Drive, Pusher et Valhalla Rising sont donc des épisodes des Bisounours. Keuwa ? Gosling est moins sexy que dans Drive ? On s'en tape.

Étonnante tragédie oedipienne proche parfois d'un onirisme sombre lynchien, Refn nous offre une expérience âpre, émotionnellement aussi sèche que le personnage de la troublante (et toujours aussi impeccable) Kristin Scott Thomas. Sèche certes, mais aussi cathartique, par cette violence frontale et jusqu'au boutiste, cette sexualité soit déviante soit castrée, suggérée au détour de quelques plans, et ces rares dialogues, dont un repas bref mais au moins aussi violent symboliquement que les éviscérations  Enivrante  enfin, de par cette réalisation brillante, maîtrisé, ultra réfléchie et cette direction d'acteur (fallait quand même y penser à la miss Thomas dans un rôle pareil) rendant à chaque fois l'apparition de ce flic/ange exterminateur (Vithaya Pansringarm) quasi iconique, bien plus que Gosling ici (le personnage ne s'y prête pas), nous qui bêtement attendions le retour du Cascadeur à Bangkok.

Refn fait un cinéma intransigeant, violent, taiseux, stylisé, ésotérique. Donc difficile, parfois. Et Only God Forgives, tout comme l'était Valhalla Rising, est un film indéniablement difficile, loin de la belle simplicité et efficacité de la relecture super-héroïque sauce Refn qu'est Drive. Alors, cela convainc ou cela rebute, et Refn a prêché durant 1h30 un convaincu.

23 mai 2013

Oblivion


Si Tom Cruise est un personnage public plutôt dérangeant, il est plus difficile de critiquer l'acteur, à l'interprétation solide et rarement (jamais ?) à côté de ses pompes, et ses choix de producteur, (très) souvent impeccables. Et Oblivion, où il a les deux casquettes, ne fait pas exception.

Sérieux et immersif, offrant des décors XXL superbes et des effets spéciaux au diapason, Oblivion propose aussi une intrigue solide, distillant soigneusement ses mystères et ses révélations, avec un twist bien amené, porté par un Tom Cruise impeccable, sans oublier l'apport indéniable de ses deux partenaires à l'écran (Olga Kurylenko et Andrea Riseborough). Tout ça compense ainsi allègrement quelques menus défauts (ne gâchant toutefois rien au plaisir), comme un Morgan Freeman faisant son MorganFreemanClassicStyle (marque déposé) et un triangle amoureux qui aurait mérité d'être un peu plus exploité.

Oblivion a de la gueule et du souffle, sans avoir cédé aux sirènes de la 3D, ce qui lui rajoute un charme supplémentaire. Et Tom Cruise de prouver, film après film, qu'il a toujours une place de choix dans le paysage hollywoodien.

22 mai 2013

Spring Breakers


Bien sûr que James Franco est une valeur sûre, même en clone improbable de Jpey Starr.
Bien sûr que voir quelques disney dolls en bikini se faisant pervertir l'image policée, ça excite l'occiput.
 Et bien que bénéficiant de la plus grosse visibilité médiatique de sa carrière grâce à son casting, loin de Harmony Korine l'idée de s'assagir.

Et de le voir  réduire en miette toute l'imagerie Spring Break Special de MTV est tout bonnement jouissif. Explosée la jeunesse WASP, si belle, bodybuildée et so cool. Ce qu'on devinait sur les émissions MTV (d'ailleurs, qui a eu cette idée de filmer des jeunes qui dansent pour en faire un show TV ?), Korine le balance à grand coup de plans lysergiques (le monumental "clip" de la chanson de Britney), porté par un montage et une narration entre la vodka redbull et le ghb : vacuité, ennui, immédiateté des plaisirs et des profits, tout ça est vidé sur nos mirettes tel ces litres d'alcool vidés dans ces entonnoirs, à couper la moindre vélléité libinesque à la vision d'un bikini trop ajusté.

Mais au final, quel trip, du cinéma qui nous impose sa vision, à prendre ou à laisser. Alors soit tu prends ta claque et tu la redemande, soit c'est l'indigestion. Et tant pis pour les neurones mollassons.

21 mai 2013

Dark City (Mes Glorieuses 90's)


Rétrospective intime et absolument pas chronologique qui me voit réévaluer des objets cinématographiques de l'époque où je formais mon appétence pour le cinéma, on retrouve ainsi sous l'intitulé "Mes glorieuses 90's" ces films vus approximativement entre 1989 et 1999, 90's symboliques qui me verront construire ma cinéphagie, mon goût et mon sens critique, par le truchement des premières lectures de Mad Movies, de conseils paternels (bien avisés), de fréquentation assidue des cinémas de Montluçon (03) et particulièrement le défunt Cinémonde, de location sporadique de VHS, de Cinéma de Minuit et autres Cinéma de Quartier...


Allons-y tout de go, sans grande précaution quant à ce que nous allons affirmer. Dark City est sûrement l'une des 20 meilleures péloches de l'ultime décennie du 2ème millénaire, et dont l'influence est indéniable (pour ne citer qu'eux : Matrix, qui réutilisera certains décors et, si j'étais mauvaise langue, jusqu'à certains éléments du scénario... ou Buffy, avec l'épisode Un silence de mort dans la 4ème saison).

Véritable claque pour mes jeunes yeux à l'époque, sa puissance reste intact quelques 15 années plus tard. Partant sur le concept ultra balisé du grain de sable enrayant une machine bien huilée (quelles séquences de synthonisation...), Alex Proyas offre une véritable histoire, au delà des prouesses visuelles, sombre et distillant son mystère avec parcimonie, en évitant le messianisme tout autant qu'un labyrinthisme abscons, proposant avec les Etrangers des bad guys particulièrement efficaces et originaux, et se clôturant sur une ultime séquence hâletante, déroutante, mais définitivement marquante.

Et si Proyas n'a par la suite jamais pu ou jamais réussi à confirmer véritablement (même si son I Robot est loin d'être ridicule), Dark City est tout de même un monument de la SF 90's, voire de la SF tout court.

27 août 2012

Double Programme : Morse - Laisse-moi Entrer


Depuis Vampires de Carpenter et exception faite de 30 Jours de Nuit, le mythe du vampire a perdu quelque peu de sa superbe au cinéma depuis une vingtaine d'année (entre Buffy et True Blood, la télé serait presque mieux loti).

Sobre, tendu, poétique, Morse prend à rebours le mythe, sans jamais s'en détacher (certains éléments du folklore sont toujours là), en offrant avant tout une belle réflexion sur la fin de l'enfance. Tout juste entaché d'une intrigue parallèle (la voisine contaminée) un peu trop démonstrative (qui peut malgré tout se comprendre dans le sens où ici un adulte ne peut supporter ce qu'un vieil enfant de 12 ans supporte depuis très longtemps), Morse n'a tout de même que peu de défauts : réalisation (le sens du détail et de la suggestion, en quelques mouvements de caméra ou de réglage de profondeur de champ) et photo soignés (quels clairs-obscurs), interprétation touchante et troublante, musique au diapason de l'image. Tomas Alfredson démontre ainsi, avec un talent certain, qu'il est encore possible de faire des films de vampires surprenants et beaux.

Laisse-moi Entrer arrive ainsi avec un sérieux handicap, celui d'être le remake d'un film déjà largement au-dessus du lot et qui se suffit à lui-même. Et si l'objectif est clairement de faire entrer Morse dans les petites cases hollywoodiennes (Chloe Grace Moretz en tête d'affiche, quelques éléments "tendancieux" expurgés de l'original, moins de suggestion et un peu plus de spectaculaire), on ne criera pas non plus au loup, car l'esprit de l'original est tout de même là. Au delà de suivre quasiment à l'identique le déroulement de son modèle et d'en reprendre telles quelles les scènes clefs, Laisse-moi Entrer reste bien accroché à cette réflexion sur la fin de l'enfance qui fait le cœur et l'âme de Morse, et se permet même de développer certains aspects (la relation du vampire et de l'homme qui l'accompagne, le passé du vampire) de manière intéressante. Oui, ce remake est inutile, indéniablement. Mais ce remake est loin d'être honteux (s'il n'y avait pas eu l'original, il aurait même marqué un peu plus les esprits). Légèrement fade après Morse, Laisse-moi Entrer est tout de même un bon film, sérieux, bien filmé, plus honnête qu'il en a l'air (le réal' semble y avoir mis du sien pour que cela ne ressemble pas juste à une commande) et surtout respectueux de son modèle. Et, au final, ce n'est déjà pas si mal, car on a vu bien pire comme remake, non ?

26 août 2012

La Taupe

Sous un écrin de tweed suranné, La Taupe est une plongée vertigineuse dans l'espionnage britannique 70's, ses méandres policés, ses tourments voilés, courant en pleine guerre froide après une gloire révolue. Ce panier de crabe feutrée est mis ainsi peu à peu en lumière, Tomas Alfredson (Morse) dévoilant le cadre (les lieux deviennent vite familiers) et le déroulement de l'enquête par une réalisation au millimètre, tendue et patiente, soutenue par une reconstitution précise (quel sens du détail, il nous rappelle ainsi dans cette maniaquerie le Zodiac de Fincher), et par un montage labyrinthique (difficile au début de repérer les flashback) mais dont la finesse joue grandement dans la valeur de ce film.

Porté par un Gary Oldman des très grands jours et un casting 5 étoiles, tous au diapason (de Colin Firth à John Hurt, en passant par Ciaran Hinds, Mark Strong, Tom Hardy et j'en passe), ainsi qu'une musique discrète mais impeccablement choisie, La Taupe nous emballe aussi parce qu'il nous prend à contre-pied, trop habitué à un espionnage cinématographique plus spectaculaire. En transcrivant à merveille les affres, les turpitudes, les contradictions et les luttes d'ego et de pouvoir au service d'une Nation et d'une guerre sans bataille, tout en déroulant une véritable enquête d'espionnage, Tomas Alfredson réalise ici un film d'espions hors cadre, étonnant et captivant. Une très grande réussite.

22 août 2012

Saturn 3

Avec Saturn 3, il a bien failli se passer quelque chose, cinématographiquement parlant. Casting improbable (Mean Streets, Les Vikings et Charlie's Angels réunis sur un plateau de ciné) et réalisateur d'autant plus improbable (Stanley Donen, particulièrement célèbre pour Chantons sous la Pluie), le tout dans un film de SF draguant large dans les eaux foisonnantes de la SF 70's (de Soleil Vert, pour le contexte de famine sur Terre, à Alien, pour le huis clos spatial, en passant par Mondwest et 2001 pour la machine tueuse se retournant contre son créateur), le tableau avait de quoi intriguer.

Mais en 1980, 2001, Star Wars et Alien étaient passés par là et il était désormais difficile pour un film de SF un tant soit peu sérieux de faire visuellement moins bien. Et ce qu'on peut encore pardonner à Star Trek circa 60's, difficile de le faire pour un film datant de 1980. Séquences et extérieurs spatiaux visuellement catastrophiques (la séquence d'ouverture, tentant un mélange entre l'arrivée d'un croiseur impérial et du Nostromo, est effarante), costumes et mobilier à peine digne de Moonraker (c'est dire...), design des vaisseaux navrant, Saturn 3 perd toute crédibilité dès les premières minutes. Et si l'on peut un peu se satisfaire de pouvoir allégrement admirer la plastique de Farrah, difficile d'être emballé par le couple Douglas-Fawcett à l'écran. Entre Papy Kirk qui se fait plaisir aux yeux au côté de sa collègue sans trop forcer sur ses qualités d'acteur et Miss Farrah qui fait ce qu'elle peut pour être autre chose que l'argument lingerie du film (peine perdue, son rôle n'a été conçu que pour ça), seul Keitel s'en sort un (tout petit) peu mieux.

Et si l'on prend en compte le point de départ quasi inexploité dans le film (le couple semble bien plus occupé à batifoler peinard qu'à chercher une solution contre la famine), on se dit qu'en fait il ne se passe rien. Mais dire qu'il a failli se passer quelque chose avec Saturn 3 n'était point une pirouette de ma part. Car il y a au moins un élément (voire deux, avec les couloirs, certes mollement exploités, de la base baignant d'une étrangeté inquiétante qui a plutôt bien vieilli, a contrario du reste du décor) qui surnage : le robot Hector. Sa programmation électro-télépathique, son cerveau "humain", son design, sa relation avec le personnage de Keitel, sa présence qui préfigurerait presque celle des T-800/T-1000 (mais qui rappelle aussi fortement celle de HAL), et sachant qu'il hérite en plus de la meilleure scène du film (son auto-reconstruction), c'est comme si cet Hector avait pompé l'ensemble des énergies créatives du film.

Ce Saturn 3 est un curieux nanar, et rien que pour ça, sans pour autant en faire un chef d'oeuvre maudit et incompris (non, non, aucun doute c'est un gros plantage sur pellicule), il mérite malgré tout qu'on y jette un œil. Et pas que pour la légère nuisette blanche de Farrah.

20 août 2012

Sammy 2

Si j'adhère sans souci au message de l'affaire, dénonçant sans en faire trop la marchandisation du vivant, difficile en revanche de se satisfaire du reste, d'autant plus que ce Sammy 2 lorgne trop souvent, à l'inverse du premier volet, vers Nemo (l'intrigue rappelle largement dans ses enjeux et dans son découpage celle des aventures du poisson clown pixarien), sans compter les deux murènes gardes du corps qui nous rappellent trop souvent les compagnons d'Ursula dans La Petite Sirène.

Mais si l'animation n'avait pas été pensée à ce point pour la 3D, j'aurai pu passer un peu outre ces "détails". Vu en 2D, plusieurs séquences (en particulier celles de poursuite) sont ainsi indigestes, mal fichues et bien trop répétitives, comme si ces séquences avaient été pensées pour un cinéma dynamique d'un parc d'attraction plutôt pour un simple écran de cinéma. Et s'il s'agit ainsi de noyer une certaine platitude en terme d'histoire et d'animation (le premier m'a laissé un bien meilleur souvenir) sous le clinquant de la 3D, la ficelle est bien trop grosse et gâche d'autant plus l'ensemble. Car un bon film, qu'il soit visionné en en 2 ou 3D, reste un bon film, et ce n'est manifestement pas le cas.

Reste quelques moments sympathiques et quelques personnages secondaires savoureux (en particulier la langoustine doublée à merveille par Guillaume Gallienne) et un spectacle pas désagréable pour peu qu'on ait, par exemple, 3 et 5 ans et que votre père préfère 1h30 de cinéma moyen dans une salle pas très chère, confortable et pas trop climatisé un mercredi après-midi à la chaleur étouffante, plutôt q'un après-midi enfermée à la maison.

19 août 2012

Control

Parce qu'Anton Corbijn s'est attaché avant tout à raconter l'histoire d'un homme plutôt que d'iconiser un parcours artistique, Control réussit là où la plupart des biopic se plantent.

On pourra peut-être me rétorquer qu'à l'inverse d'un Johnny Cash, d'un Ray Charles ou d'une Edith Piaf, Ian Curtis a eu une carrière éclair. Mais je ne pense pas que cela soit si important. En optant pour le noir et blanc (illustrant l'ennui ambiant qui règne dans cette banlieue de Manchester, mais aussi la profonde dualité du personnage), en cadrant à merveille tout autant ses plans de transition que ses séquences plus narratives (Corbijn n'est pas photographe pour rien), en n'apposant jamais un regard sensationnaliste sur son personnage (sa maladie ne se transforme jamais en chemin de croix à l'écran), Corbijn  nous offre, pour son premier long-métrage, une histoire profondément humaine.

Jamais romantique ni nostalgique, mais plutôt lucide et magnifié par l'interprétation de Sam Riley, ce Control est bien loin des canons hollywoodiens bipopic-esques, ce qui fait sa force, et ce qui fera sans nul doute sa longévité. Et gageons aussi qu'il n'est pas nécessaire de connaître grand chose à Joy Division pour aimer le film, ce qui est peut-être, au final, l'une des plus grandes qualités de Control.

8 août 2012

Prometheus


Voilà typiquement le genre de film pourri par avance par le buzz. Annoncé déjà chef d'oeuvresque alors même qu'à peine 3 minutes avaient été tournées et vendu comme LA séquelle d'Alien, il était quasiment impossible qu'à la sortie de la dite péloche le soufflé ne retombât pas. Pas xénomorphophile intégriste, me méfiant de plus en plus du buzz, j'avais l'avantage certain de ne pas attendre grand chose, bien qu'agréablement intrigué par la qualité des images présentées par les teasers.

Oui, Prometheus n'est pas un chef d’œuvre, et oui il n'est assurément pas non plus la préquelle d'Alien tant fantasmée (tout en s'y référant largement). Loin d'un scénario exempt de défauts (deux trois ficelles un peu grosses et le personnage de Theron, intriguant au demeurant, aurait gagné à être un peu plus étoffé), Prometheus est pourtant un très bon film de SF. Rare film depuis Avatar à avoir su utiliser cinématographiquement la 3D (quelles séquences holographiques), Ridley Scott nous offre un spectacle visuel sans fausse note, une vraie intensité qui va crescendo, porté par un casting 4 étoiles (et particulièrement Fassbender et Theron) et une séquence hallucinante d'auto-césarienne qui restera, sans nul doute.

Alors oui, je me contente du fait que Prometheus soit juste un très beau film de SF parce que ce genre de film est plutôt rare. Et finalement, sans nier pour autant le cousinage évident entre Alien et celui-ci, faut-il véritablement que l'un explique l'autre ? Espérons dès lors que pour un possible deuxième volet Ridley Scott développe une mythologie SF libérée du poids des xénomorphes, car Alien sous le vernis de la SF est avant tout un immense film de terreur. Et Prometheus, dans sa forme et ses intentions, en est le négatif : faire de la vraie SF tout en hésitant pas à provoquer de la terreur.

5 août 2012

The Amazing Spider-Man


Mis en œuvre principalement pour éviter de remettre la licence sur le marché, ce reboot a en plus l'inconfort de passer derrière la trilogie récente et globalement réussie de Sam Raimi. Et 10 ans plus tôt, la pilule serait peut-être passée.

Malgré une volonté de ne pas se référer aux films de Raimi (quoique, certains plans semblent largement le citer, ou le plagier) et en reprenant entre autre des éléments de la BD non exploités précédemment, ce Tisseur pèche au fur et à mesure du film par manque d'intensité et de personnalité, le réalisateur semblant être submergé par ses effets visuels.

Passant aussi à côté de son méchant (que ce Lézard est laid !), de certaines bonnes idées (quid de ces flics transformés en reptiles ?) et de son teaser final, il se rattrape quelque peu grâce à une jolie relation Gwen Stacy/Peter Parker (le regard d'Emma Stone...) et un très beau couple en Ben et May Parker, incarnés à l'écran par deux superbes acteurs (Sally Field et Martin Sheen).

Pas vraiment amazing, pas honteux non plus, cet Amazing Spider-Man est plutôt anecdotique, et malgré un nom de famille collant au plus près du sujet, le réalisateur Marc Webb n'avait clairement pas les épaules pour.

4 août 2012

Nothing


Pre Scriptum : un grand merci au Dr Zoïdberg et à sa délicate compagne de m'avoir prêté leur DVD.

Rien que par le fait que ce film ait eu une sortie cinéma des plus discrètes alors que des croûtes infâmes et sans âme trustent les écrans, voilà le genre de film dont il faut parler, dont il faut acheter la galette, surtout que c'est le toujours intéressant Vincenzo Natali (Cube, Cypher et Splice) qui est derrière la caméra.

Film-concept (en somme, le rien est-il un sujet cinématographique ?) au principe de fait casse-gueule (mais n'est-ce pas le cas de tous les films basés sur un concept ?), Nothing, sans être parfait, arrive à offrir 1h20 joyeusement décalée en explorant toutes les facettes de son concept et de ses contraintes sans jamais lâcher au profit de ceux-ci ses deux personnages (dont le fidèle David Hewlett, que les fans de Stargate Atlantis connaissent bien), épatant duo de losers jamais magnifiés ni abhorrés par l’œil de la caméra.

Derrière le vernis de la comédie absurde, Vincenzo Natali ne nous offre pourtant pas un tableau sensiblement différent des relations humaines que celui qu'il dépeignait dans Cube, bien qu'ici la légèreté de ton fait un peu plus passé la pilule pessimiste.

Tout ça aurait tout de même mérité qu'on fasse un peu plus de bruit pour Nothing. Alors autant en faire à mon très humble niveau.

2 août 2012

The Dark Knight Rises


Il est difficile de reprocher à Nolan son sens du cadre, de la caméra et sa volonté de proposer du cinéma à la fois spectaculaire et cérébral. Mais ce qui pointait déjà dans les précédents volets du Dark Knight et qui sautait aux yeux dans le surestimé Inception, c'était le manque d'humanité, de sentiments, d'émotion, d'empathie. Tout semblait être coulé dans du béton armé, dans un réalisme chirurgical, formellement impressionnant mais humainement vide.

Et cet ultime volet de la saga Batman version Nolan est à ce titre une vraie surprise. Enfin, Nolan conjugue sa science du plan (et de l'arrière-plan), du découpage, de la composition avec, dans sa camera, une véritable empathie pour ses personnages qui transpire de la bobine.

Nolan propose certes une conclusion, mais tout d'abord 2h40 de cinéma extrêmement maitrisé et réfléchi, où Gotham en véritable personnage à part entière subit toutes les plaies étasuniennes (de la bomba atomique au 11 septembre), refusant la 3D (mais éblouissant les mirettes avec des plans IMAX), au casting sans faute et conservant jusqu'au bout la logique et le cadre qu'il a donné à son Batman.

A mon humble avis, ce Dark Knight Rises est tout bonnement le meilleur des trois, tout en étant de bout en bout indissociable des deux précédents films. Et peut être bien le meilleur Nolan à ce jour. Et, juste histoire de, si Michelle Pfeiffer sera à tout jamais Catwoman, Anne Hathaway fait une formidable Selina Kyle.

3 juin 2012

Le Chaperon Rouge


Twilighterie mâtinée d'un zeste de whodunit (qui tombe à plat), d'un soupçon d'Inquisition (Gary Oldman qui a rarement été aussi à côté de la plaque), d'un Moyen-Age carton-pâte et d'adolescence soapisée façon Hollywood, le Chaperon Rouge est une affreuse chose kitsch et boursouflée, qui me ferait presque vous recommander la vision du premier Twilight plutôt que celle de l'écarlate encapuchonnée.

Si Amanda Seyfried étonne toujours par sa présence à l'écran (quel regard tout de même), tout le reste n'arrive jamais à la hauteur même d'un Frères Grimm, tout ça manquant largement de cruauté, de perversité (un grand méchant loup ? Où ça ?) et avant tout d'un sens de l'esthétique. Car au-delà de l'indigence d'un scénario bien puritain, c'est la laideur visuelle (la séquence de danse, ridicule) qui fatigue encore plus nos mirettes, et qui pue à chaque plan la tentative de récupération du public de Twilight (les deux mâles rivaux semblent tout droit sortis du même moule que les duettistes twilightiens, et, tiens, comme par hasard, c'est la même réalisatrice aux commandes...). Donc bien évidement, le cinéma, dans ce genre de cas, on s'en fout un peu quand on produit ce genre d'horreur.

Mettez-moi juste la Miss Seyfried de côté, et jetez-moi tout le reste, la réalisatrice avec, dans les oubliettes du cinéma. Et offrez donc enfin à ce regard unique les rôles que ses beaux yeux méritent.

30 mai 2012

Robin des Bois, Prince des Voleurs (Mes Glorieuses 90's)


Rétrospective intime et absolument pas chronologique qui me voit réévaluer des objets cinématographiques de l'époque où je formais mon appétence pour le cinéma, on retrouve ainsi sous l'intitulé "Mes glorieuses 90's" ces films vus approximativement entre 1989 et 1999, 90's symboliques qui me verront construire ma cinéphagie, mon goût et mon sens critique, par le truchement des premières lectures de Mad Movies, de conseils paternels (bien avisés), de fréquentation assidue (pour tout et n'importe quoi) des cinémas de Montluçon (03) et particulièrement le défunt Cinémonde, de location sporadique de VHS, de Cinéma de Minuit et autres Cinéma de Quartier...

Je ne vous rappelerai pas ce qu'à l'aune de mon adolescence Kevin Costner représentait pour moi (cf. Bodyguard). Au delà du fameux plan embarqué de la flèche, de l'inventivité McGyver-esque trop cool du personnage de Morgan Freeman et du tube so 90's de Bryan Adams, ce Robin des Bois est avant tout ma première rencontre avec celui qui deviendra l'une de mes trognes de cinéma préférées : Alan Rickman. Plutôt flippant pour mes jeunes yeux, il m'inspira un certain dégout. Comme souvent lors de l'enfance, j'avais tendance à confondre acteur et personnage et ainsi que pour Luke Skywalker et Darth Vader, la sagesse de l'âge me permit de séparer le bon grain de l'ivraie.

Et ce que je peux vous dire aujourd'hui c'est que de ce Robin des Bois sans collant il ne reste bien que la prestation de Rickman. Bonne soupe à la croûte hollywoodienne, on assiste ainsi à un mélange improbable entre l'Agence Tout Risque (l'entrainement des villageois, typiquement A-Team), les Visiteurs (de trop nombreux gros plans semblent porter la patte de Poiré) et l'Arme Fatale (le fun en moins), avec un zeste de village d'Ewoks et une bonne dose d'anachronismes hollywoodiens de tous les instants (mais que vient faire la tapisserie de Bayeux dans le générique d'ouverture ?). Entre humour lourdingue, personnages stéréotypés, sans compter les révélations familiales du dernier acte (le frére de Robin, la mère du shérif), voilà un film qui pourrait ainsi servir de mètre étalon de la croûte hollywoodienne façon 90's. On trouvera quelques bien petites satisfactions en la présence de Michael Wincott dans son éternel second rôle de salaud, la prestation outrancière de Rickman (seule réussite réelle du film) et dans l'ambiance gothico-craspec de la tanière de la sorcière (toujours aussi repoussante celle-là d'ailleurs).

Morgan Freeman trouvera là le rôle de vieux sage qui lui paiera tous ses impôts pour la suite de sa carrière. Mary Elisabeth Mastrantonio sera pour la dernière fois au sommet de l'affiche et du box-office. Les deux Kevin se diront le temps d'un film encore qu'ils sont les rois d'Hollywood. Et Mel Brooks s'en moquera allégrement en 93. Bilan bien maigre (sauf peut-être pour Brooks) au final pour l'un des mega succés de 1991. Fait pas bon vieillir, hein ?

29 mai 2012

Bodyguard (Mes Glorieuses 90's)


Rétrospective intime et absolument pas chronologique qui me voit réévaluer des objets cinématographiques de l'époque où je formais mon appétence pour le cinéma, on retrouve ainsi sous l'intitulé "Mes glorieuses 90's" ces films vus approximativement entre 1989 et 1999, 90's symboliques qui me verront construire ma cinéphagie, mon goût et mon sens critique, par le truchement des premières lectures de Mad Movies, de conseils paternels (bien avisés), de fréquentation assidue (pour tout et n'importe quoi) des cinémas de Montluçon (03) et particulièrement le défunt Cinémonde, de location sporadique de VHS, de Cinéma de Minuit et autres Cinéma de Quartier...

20 ans après le gros carton que fut Bodyguard, qu'en reste-t-il ? A l'époque, mes yeux d'à peine 12 ans avaient été plutôt emballés, indubitablement séduits par... l'héroïsme d'un Kevin Costner alors au sommet de sa côte bankable. Forcément, avec les précédents Danse Avec les Loups et le Robin des Bois, il faisait partie de mes modéles d'héroïsme pré-adolescent. L'impassible, l'incorruptible classieux (quoique, dans le film qui nous intéresse ici, la chair est faible pour ce samuraï), ça résonnait encore à mes schémas encore un peu enfantins.

Il n'empêche que le couple Costner/Houston fonctionne plutôt bien (la séquence du rade country), ce chevalier blanc prêt à tout pour sauver ce magnifique vibrato (dommage que la bande-son vienne gâcher l'a capella final, le fameux I Will Always Love You). Et c'est d'ailleurs tout ce qui marche 20 ans après. Mise en scène plan-plan, oripeaux kitsch jusqu'à la variétoche, intrigue vaguement thriller mal dégrossie, au twist ridicule et un peu brouillon, tout ici est clairement fait pour continuer à offrir un boulevard succesful à Kevin et à ouvrir une belle autoroute direction la gloire du grand écran pour Whitney, et tout ça sans trop se fouler et mettre en danger nos deux têtes d'affiche, et surtout pas en offrant des seconds rôles (et surtout un méchant) un peu conséquents. Pas de bol pour eux, rien ne se passera vraiment comme prévu. En bref : inoffensif, daté et ennuyeux. A réserver aux ultras costneriens et houstonistes intégristes, uniquement.