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12 août 2013

Troie


Superproduction aux arômes de croûte hollywoodienne, casting boursouflé de stars, brushing et bronzage impeccables, et cette faculté hollywoodienne à s'écarter volontiers, et ce plus que dans les détails, de la lettre originelle (pas une ombre ici des ficelles tirées par l'Olympe), Troie paraissait un bel attrape-nigaud pour tout nostalgique du péplum.

Mais pourtant un truc cloche, car ça fonctionne. Et ce n'est pas tant du côté du réalisateur (Wolfgang Petersen, honnête et solide ouvrier de studio) qu'il faut chercher mais plutôt du côté du scénariste, David Bienoff, auquel on doit l'adaptation (avec D. B. Weiss) de la saga Game of Thrones sur HBO. Et sans non plus en faire un chef d’œuvre, on sent tout de même déjà l'amour du jeu de pouvoir, et cette volonté de montrer la puanteur de ces jeux, de leurs justifications, de leur cruauté, de leur violence.

David Bienoff retourne ainsi tout ce qu'on croyait voir, où l'héroïsme n'affleure guère dans cet océan impérialiste et suffisant, si ce n'est dans la lame d'Hector (exceptionnel Eric Bana, qui vole la vedette à tous ces camarades) ; à croire même que Bienoff a pris un malin plaisir à faire passer une grande partie de son casting pour des extrémistes, des fous, des idéalistes bas du front ou des victimes bien contentes de patauger dans leur malheur, à commencer par ses trois VIP ultra beautiful people (Pitt, Bloom et Kruger).

Si on ajoute à cela une réalisation efficace, une violence étonnante et finalement bienvenue (à condition de regarder le director's cut) et des SFX qui tiennent encore sacrément la route 10 ans plus tard (le film est de 2004), Troie nous laisse ainsi à penser qu'on peut toujours, au détour d'un visionnage quelque peu inattendu (ici, grâce à une connaissance qui vous le vend comme l'un de ses films fétiches au détour d'une conversation sur Star Trek qui dévia sur Eric Bana), se faire avoir par Hollywood et ses oripeaux.

22 juin 2011

The Tree of Life


Palme d'or, chef d'oeuvre, croûte, navet cosmique, et j'en passe. Fais ton choix, camarade !

Moi je l'avais fait, avant même de voir le film.

Je suis une midinette, une midinette qui aime ne rien comprendre à des films contemplatifs dont la BO est composé de somptueux morceaux de classique, et qui pleure en écoutant la Moldau, en voyant des séquences spatiales ou de retrouvailles familiale sur une plage situé dans un ailleurs, au son du superbe Agnus Dei du Requiem de Berlioz.

Alors, je l'avoue, une seconde fois, je ne suis pas sûr d'avoir bien compris le propos du film, mais j'ai retrouvé ce qui m'a transporté déjà dans La Ligne Rouge : les voix-offs, les plans, la lumière, le grain, les musiques, les paroles, les acteurs... Et ça m'a suffit. Et ce n'est peut-être pas le chef d'oeuvre attendu, c'est peut-être une croûte métaphysiquement fatigante dès que Mallick nous parle d'autre chose que de ce cocon familial. Certains diront même que le réalisateur se regarde largement filmer ou aurait mieux fait de filer une partie de son film à la Cinquième pour ses docus géo ou paléo. Et sûrement que toutes ces critiques sont largement justifiées.

Mais je ne suis ontologiquement pas objectif. Je ne peux pas l'être pour ce genre de film, de réalisateur (mais il n'y en a pas beaucoup comme Mallick avec ce talent de mise en image). Je ne me l'explique pas. Il y a bien des clients pour tout un tas de conneries façon Camping et on ne leur demande pas pourquoi. Moi (et je vis très bien avec), mon truc, c'est l'opéra-requiem à propos de la vie, de l'univers et du reste sur grand écran, avec des images des graminées vibrant avec le vent d'été dans un champ et du Bach en fond sonore.

29 sept. 2009

Entretien avec un Vampire


Ce film a une saveur particulière pour moi. C'est en effet lors de la projection de celui-ci au cinéma Le Palace à Montluçon que j'ai roulé ma première pelle, je devais être en cinquième ou quatrième. Vous allez me dire : "mais que vient foutre cette anecdote personnelle dans une chronique de film ?" et vous n'auriez pas tort, mais vous me comprendrez peut-être un peu plus loin.

Ce film, je l'ai vu depuis au moins quatre fois. Plutôt respectueux du travail du réalisateur Neil Jordan (le chef d'oeuvre La Compagnie des Loups, The Crying Game), amateur des romans d'Anne Rice (elle signe le scénario du film) et toujours enchanté à l'idée de voir un film de vampires, ce film m'avait jusqu'à aujourd'hui toujours emballé : décors, costumes, photo (travail impeccable de Philippe Rousselot, grand chef-op' parmi les grands), scénario, réalisation et la reprise de Sympathy for the Devil par les Guns & Roses.

Jusqu'à sa vision il y a de ça deux ou trois jours sur Arte, rien ne me prédisait un changement d'attitude envers ce film, qui, sans souci, aurait figuré dans mon top10 des films de vampires, et mon top5 des souvenirs marquants de cinéma (la première galoche).

Mais peut-être l'avez vous remarqué, il manque quelque chose dans mon énumération : les acteurs. Ce n'est pas Kristen Dunst, dans un premier grand rôle difficile et qui s'en sort haut la main. Ce n'est pas Tom Cruise, qui incarne un Lestat haut en couleur, décadent, sans surjouer et avec une grande justesse et Neil Jordan de nous démontrer que Cruise peut (pouvait ?) être un excellent acteur à condition d'être correctement diriger (et il y aurait d'autres exemples qui pourraient étayer ceci). Ce n'est pas Christian Slater ou Stephen Rea (un fidèle de Neil Jordan), ce dernier incarnant impeccablement un vampire parisien fou et pervers, et qui nous fait un très réussi numéro de pantomime en face à face avec Brad Pitt.

C'est justement avec lui, Brad Pitt, que le bât blesse (et Antonio Banderas un peu aussi, avec des reproches similaires aux deux acteurs). Cela m'a sauté aux yeux. Il passe à coté de son rôle tout le film, surjouant le romantique exacerbé, devenant irritant autant que Louis irrite Lestat pour les mêmes raisons. Il fait le Brad Pitt détestable de Légendes d'Automne, le jeune premier aux cheveux longs, aussi longs que ses idéaux humides tel ses yeux pleins de colère et de regrets permanents. Louis chouine tout le film, et Brad Pitt sur-chouine et essayant de faire Louis qui chouine. Ca m'a gonflé. Et ça m'a presque gaché cette énième vision, et je sais que désormais ce film ne pourra plus être dans mon top10 des films de vampire (mais reste dans mon top5 avec la galoche et tout).

D'où le retour sur l'anecdote du départ. Il y a des films qui ne devraient rester dans notre tête qu'en tant que souvenirs, et dont un cerbère intime devrait nous garder de (trop) les revoir, comme ces films que l'on voit enfant et que l'on trouve géniaux à cette époque, sans pour autant savoir ce qui les rendaient si géniaux en les revisionnant 20 ans plus tard. Si je n'aime plus autant ce film qu'avant, il reste tout de même (comme quelques autres) intimement lié à mon histoire à mes premiers émois, et c'est aussi ça le cinéma.

9 sept. 2009

Inglorious Basterds


Il m'est impossible, en toute objectivité, de faire une quelconque critique de ce film pour l'instant. Mon enthousiasme est trop grand. Il est probable, et même possible, que Tarantino devienne mon Woody Allen à moi : quoiqu'il arrive j'irais voir ses films alors que d'autres gloseront sur l'ennui que leur procure depuis Kill Bill la vision d'un seul Tarantino.

Pour moi, Tarantino filme de mieux en mieux, dirige de mieux en mieux, écrit de mieux en mieux et délire de mieux en mieux. Ce n'est que du cinéma (il était une fois dans la France occupée par les nazis...) du gros bis bavard mais pas que, à peine un film de guerre malgré les oripeaux, mais presque un western (quand s'y attèlera-t-il, à moins que Kill Bill 2 le soit déjà, son western ?), dès la première séquence. Le casting sort un peu des habitudes, avec moins d'habitués, mais toujours un certain cercle (Eli Roth en tête), et des références. Je pourrais faire le tour du casting que je ne verrais pas une fausse note (son casting féminin est superbe) et je pourrais écrire pendant douze paragraphes que Christoph Waltz mérite sa palme haut la main. Je pourrais aussi vous cataloguer les scènes exceptionnelles (l'incendie du cinéma, la plus belle que Tarantino n'ait jamais filmé) et les dialogues drolatiques (mention spéciale pour faire parler les acteurs, et leurs personnages, dans leur langue maternelle ce qui est exceptionnel pour un film US). Je pourrais vous dire à quel point Tarantino me fait rire, vibrer, parfois pleurer et qu'il signe pour moi l'une de ses plus grandes réussites.

Oui je pourrais vous dire tout ça. mais si Tarantino vous ennuie ou vous agace depuis toujours ou presque, cela vous passera au dessus de la tête. Pour les autres, vous l'avez surement déjà vu, et mon avis ne sera que facultatif. On aime, ou pas.