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8 août 2012

Prometheus


Voilà typiquement le genre de film pourri par avance par le buzz. Annoncé déjà chef d'oeuvresque alors même qu'à peine 3 minutes avaient été tournées et vendu comme LA séquelle d'Alien, il était quasiment impossible qu'à la sortie de la dite péloche le soufflé ne retombât pas. Pas xénomorphophile intégriste, me méfiant de plus en plus du buzz, j'avais l'avantage certain de ne pas attendre grand chose, bien qu'agréablement intrigué par la qualité des images présentées par les teasers.

Oui, Prometheus n'est pas un chef d’œuvre, et oui il n'est assurément pas non plus la préquelle d'Alien tant fantasmée (tout en s'y référant largement). Loin d'un scénario exempt de défauts (deux trois ficelles un peu grosses et le personnage de Theron, intriguant au demeurant, aurait gagné à être un peu plus étoffé), Prometheus est pourtant un très bon film de SF. Rare film depuis Avatar à avoir su utiliser cinématographiquement la 3D (quelles séquences holographiques), Ridley Scott nous offre un spectacle visuel sans fausse note, une vraie intensité qui va crescendo, porté par un casting 4 étoiles (et particulièrement Fassbender et Theron) et une séquence hallucinante d'auto-césarienne qui restera, sans nul doute.

Alors oui, je me contente du fait que Prometheus soit juste un très beau film de SF parce que ce genre de film est plutôt rare. Et finalement, sans nier pour autant le cousinage évident entre Alien et celui-ci, faut-il véritablement que l'un explique l'autre ? Espérons dès lors que pour un possible deuxième volet Ridley Scott développe une mythologie SF libérée du poids des xénomorphes, car Alien sous le vernis de la SF est avant tout un immense film de terreur. Et Prometheus, dans sa forme et ses intentions, en est le négatif : faire de la vraie SF tout en hésitant pas à provoquer de la terreur.

17 janv. 2012

A Dangerous Method

Pour quelqu'un, comme moi, qu'une formation a, il y a quelques années, initié aux rudiments de la psychanalyse, l'exercice est ici délicat : parler de cinéma sans tomber dans l'explication de texte psychanalytique. D'une part, cela serait ridicule et affreusement ennuyeux. D'autre part, j'ai beau me débrouiller avec quelques concepts, il serait particulièrement hautain de ma part d'oser la critique d'un point de vue psychanalytique. Donc parlons cinéma, voulez-vous ?

Et bien, je n'y arrive pas. Pour moi, le film est réussi, sans aucun doute. Les acteurs sont impeccables, avec une mention spéciale à Keira Knightley, qui sortie de son île aux pirates qui l'a starifié nous montre ici tout son talent. Mais je ne me dépatouille pas de la psychanalyse et de ses querelles de clochers. Je sais que les freudiens trouveront ce film trop jungien, avec comme principal argument que Cronenberg, en tant que nord-américain, est forcément plus jungien que freudien, la pensée de Jung, à l'inverse de celle de Freud à laquelle l'Europe reste fidèle, a conquis lui le Nouveau Monde. Et comme je n'ai pas été endoctriné par les jungiens, je n'ai aucune idée de ce qu'ils peuvent penser du film.

Et nous revoilà à parler d'autre chose que du film. Le film n'a pour moi d'ailleurs que cure de ces querelles de clochers. Par l'intermédiaire de Sabina Spielrein, Cronenberg met plutôt Freud et Jung dos à dos, les renvoyant à leurs contradictions d'homme, à leur concours de zizi conceptuel, mais aussi au fait qu'ils soient des hommes de leur temps, bien ancrés dans les tensions (la judaïté et l'antisémitisme sont plus que prégnants) et les tabous de l'époque (comment ! Les femmes ont une libido ? Et les enfants aussi ? Et même les hommes ?). Car le sujet qui intéresse ici Cronenberg n'est pas tant la querelle Jung-Freud, mais ce que ces deux joyeux drilles ont libérés, au travers de leurs aliénations profondes et respectives.

Et c'est d'une libération majeure dont il s'agit : celle de la parole. Car au commencement était le verbe, et libérer celui-ci, c'est offrir à l'homme un continent plein de fureurs et de promesses ; c'est permettre à Adam et à Eve de croquer la pomme en toute connaissance de cause. Et le film doit donc beaucoup à la superbe interprétation de la miss Knightley (je me répète ? Oui je sais...) qui rend cela tangible. Elle transmet avec une grande finesse et une belle palette de jeu tout l'évolution de Sabina Spielrein, de la folie à la femme épanouie, tout en gardant cette fragilité, ce quelque chose toujours sur la brèche, où l'on sent que les démons sont toujours prêts à ressortir. Et pourtant, que cela aurait pu être une partition casse-gueule !

Au final, une critique bancale pour un film qui n'enthousiasmera sûrement pas les inconditionnels du Cronenberg viscéral, celui de Scanners et de Videodrome. Mais c'est du Cronenberg, sans aucun doute. Plus classique dans la forme, mais toujours aussi intrigué et fasciné par ces sombres remous intérieurs qui tout à la fois nous aliènenent et nous libèrent.

10 déc. 2011

Shame


Ce film n'a pas grand chose à voir avec l'addiction sexuelle, bien que ce thème soit sans nul doute très accrocheur en terme marketing (s'il on en juge à la pléthore d'émissions ma vie est tellement vraie fleurissant sur la TNT). Mais le sexe n'est ici qu'un révélateur. Le sexe est devenu un objet de consommation comme un autre, accessible partout, tout le temps. Et comme le reste, avec on remplit du vide.

Et Brandon est vide. Vide d'amour, vide de désirs, vide de joie, vide de sens, vase percé que la pulsion assouvie emplit aussi vite qu'elle ne le vide. Et il y tient à son vide, malgré sa sœur, malgré une collègue, malgré l'ennui, quitte à se voiler la face et à s'y enfermer.

Shame n'est pas un film contre le sexe, contre la pornographie, ou même puritain comme j'ai pu le lire. C'est une photographie de notre société actuelle, vampirisante et abrutissante. Steve McQueen ne juge d'ailleurs pas son personnage, il le suit, montre même de l'empathie pour lui : voici l'insoutenable vide de l'hyper-consommateur.

Superbe film, superbe mise en scène (qui réussit à rendre les scènes de sexe ni écœurantes ni excitantes, tout en étant absolument indispensables à la compréhension de la psyché du personnage principal), un Michael Fassbinder juste et poignant (et qui devient par là même l'icône mâle de l'année 2011, ex aequo avec Ryan Gosling), une touchante et solide Carey Mulligan (après Drive, décidément, belle année pour elle aussi). Un grand, grand film.

21 juin 2011

X-Men - Le Commencement


Alors qu'Ultime Tâcheron, le super-vilain du navet gros budget à Hollywood j'ai nommé Brett Ratner, avait quasiment enterré la franchise X-Men au cinéma avec l'affreux X-Men 3, je ne donnais pas cher de la possibilité de relancer la franchise.

Mais Bryan Singer, l'instigateur et réalisateur des deux premiers volets, n'a pas lâché l'affaire et proposé le reboot à Matthew Vaughn, tout juste auréolé du succés (largement mérité) de Kick-Ass, mais surtout réalisateur engagé à l'origine sur le 3 et qui avait pourtant quitté le navire avant le début du tournage. Et on en vient à regretter de fait cette décision, car Matthew Vaughn semble avoir tout compris, ou presque, de ce qu'il fallait faire et ne pas faire sur ce genre de film.

Alors j'évacuerai rapidement l'éventuelle querelle ou les possibles réticences quant au canon Marvel, car si quelqu'un comprend exactement où en sont les X-Men, dans quelle dimension parallèle, quel reboot faut-il respecter, quelle équipe faut-il prendre en compte, qu'il me fasse signe, je me ferai un plaisir de lui laisser la parole ici-même.

Je disais donc : Matthew Vaughn a (presque) tout compris. Retour au duo Xavier-Magneto, mais cette fois-ci aux origines, aux 60's, période à la fois foisonnante dans l'histoire du comics lui-même, mais aussi riche en terme de background historique, tant sur la guerre froide que sur la poussée de la défense des droits civiques (le "mutant et fier de l'être" scandé plusieurs fois fait immédiatement penser au "black and i'm proud"). Mais plutôt que de rester sur des aspects sombres, durs principalement développé par Singer dans les deux premiers, les 60's permettent aussi à Matthew Vaughn d'instiller un peu de légèreté, d'humour, de pop façon James Bond. De ce point de vue, le duo Emma Frost-Sebastian Shaw (gigantesque Kevin Bacon) est james-bondien au possible, de la tenue/coiffure de la vénéneuse télépathe au sous-marin classieux de Shaw. Pop certes, mais jamais caricatural, et pas toujours tendre avec ses héros, ne serait-ce qu'avec Xavier, petit péteux dragueur, Gandhi du mutant mais conformiste au possible dès qu'il s'agit de l'apparence de Mystique.

Matthew Vaughn n'oublie aucunement le spectaculaire, sans en faire trop, et réussit particulièrement cette ultime scène, la tentative de vengeance de Magneto envers les navires US et russe. On peut pourtant reprocher à la fine équipe (s'il ne signe pas le scénario, Singer est pourtant à la production) un petit péché d'autoplagiat de par la séquence de massacre/élimination par un téléporteur, car la scène (bien fichue au demeurant car tout se passe au second plan) où Azazel élimine un section entière de la CIA est tout de même un sacré copier-coller de la spectaculaire séquence d'ouverture d'X-Men 2 avec Diablo au sein de la Maison Blanche.

Casting impeccable (aucune faute de goût, premiers ou seconds rôles), solidité et rythme de l'ensemble, il ne faut pas bouder son plaisir devant ce retour en grâce, ou au moins en très grande forme de mes mutants favoris, surtout que les dernières productions Marvel n'ont pas laissé de traces imperrissables. Et Matthew Vaughn confirme, avec ce quatrième film, son goût du travail bien fait (et pourtant le délai pour ce X-Men a été court, 13 mois toute phase comprise) et son sens indéniable du spectacle intelligent. Définitivement, un réalisateur à ne pas perdre de vue.

9 sept. 2009

Inglorious Basterds


Il m'est impossible, en toute objectivité, de faire une quelconque critique de ce film pour l'instant. Mon enthousiasme est trop grand. Il est probable, et même possible, que Tarantino devienne mon Woody Allen à moi : quoiqu'il arrive j'irais voir ses films alors que d'autres gloseront sur l'ennui que leur procure depuis Kill Bill la vision d'un seul Tarantino.

Pour moi, Tarantino filme de mieux en mieux, dirige de mieux en mieux, écrit de mieux en mieux et délire de mieux en mieux. Ce n'est que du cinéma (il était une fois dans la France occupée par les nazis...) du gros bis bavard mais pas que, à peine un film de guerre malgré les oripeaux, mais presque un western (quand s'y attèlera-t-il, à moins que Kill Bill 2 le soit déjà, son western ?), dès la première séquence. Le casting sort un peu des habitudes, avec moins d'habitués, mais toujours un certain cercle (Eli Roth en tête), et des références. Je pourrais faire le tour du casting que je ne verrais pas une fausse note (son casting féminin est superbe) et je pourrais écrire pendant douze paragraphes que Christoph Waltz mérite sa palme haut la main. Je pourrais aussi vous cataloguer les scènes exceptionnelles (l'incendie du cinéma, la plus belle que Tarantino n'ait jamais filmé) et les dialogues drolatiques (mention spéciale pour faire parler les acteurs, et leurs personnages, dans leur langue maternelle ce qui est exceptionnel pour un film US). Je pourrais vous dire à quel point Tarantino me fait rire, vibrer, parfois pleurer et qu'il signe pour moi l'une de ses plus grandes réussites.

Oui je pourrais vous dire tout ça. mais si Tarantino vous ennuie ou vous agace depuis toujours ou presque, cela vous passera au dessus de la tête. Pour les autres, vous l'avez surement déjà vu, et mon avis ne sera que facultatif. On aime, ou pas.