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13 avr. 2010

Jusqu'en Enfer


Alors qu'on annonce avec insistance Sam Raimi sur l'adaptation ciné de l'univers Warcraft, et tout auréolé de son succés avec les trois Spiderman, on pouvait se poser la question qui tue : Sam Raimi saurait-il encore faire peur, comme à la grande époque d'Evil Dead ?

Résumer la carrière de Sam Raimi à la simple trilogie d'Evil Dead est justement plus que simpliste, celui-ci ayant réalisé derrière la caméra une carrière plus que respectable, avec quelques perles comme Intuitions ou Un Plan Simple, dans des genres très différents, mais avec un style toujours très à lui, même s'il est capable d'assagir ses focales si cela sert l'histoire.

Jusqu'en Enfer est dès lors comme un retour aux premières amours, et pour un réalisateur devenu bankable, c'est typiquement le genre de projet où les fans hardcore de la première heure (que je ne suis pas, j'étais à peine né à l'époque du premier Evil Dead) attendent le réal' au tournant.

Je ne tergiverserai pas trois heures. Jusqu'en Enfer est une franche réussite. A partir d'un pitch simplissime (une banquière atteinte par une malédiction qui arrivera à son terme infernal dans trois jours), Sam Raimi nous démontre qu'il sait toujours faire peur, avec style et force imagination. N'hésitant pas à utiliser les bonnes vieilles ficelles (volets qui claquent, lumières changeantes, score aux petits oignons de Chris Young, maquillages craspecs, ombres suggestives et omniprésence de la caméra avec l'"héroïne", sans omniscience aucune) plutôt que des CGI à tire-l'arigot (un peu au début, un peu à la fin, et c'est largement suffisant), il réussit là où plus grand monde ne va : la frousse primaire, une durée minimum (1h30), un rythme haletant et une ligne directrice implacable. Et aussi une excellente actrice, Alison Lohman, qui sait ne pas trop en faire : la bonne frousse est une frousse sobre.

Pas de Bruce Campbell au générique, mais on retrouve les grands classiques de Raimi : l'Oldsmobile (la voiture de Ash, que l'on retrouve dans la quasi totalité de la filmo de Raimi), l'esprit de famille (Ivan est au scénario, Ted joue au docteur et Emma, Henri et Lorne s'amusent aux funérailles), la main qui sort de la terre dans une ambiance crépusculaire (énorme scène dans le cimetière). Et surtout l'inventivité des travelings et des plans, comme l'exceptionnelle catfight dans une voiture entre Alison Lohman et la vieille gitane (et elles s'en mettent plein la gueule), au début du film, une grande séquence délirante, pleine d'humour noir mais pourtant redoutablement angoissante.

1h30 jouissives et flippantes à souhait, une grande réussite simple et efficace. Jusqu'en Enfer est infernalement incontournable et Sam Raimi reste décidément une sacrée valeur sûre.

10 févr. 2009

Darkman


En voilà un film qu'il est bien !

Je ne m'attarderai pas sur l'histoire, somme toute très classique, du vengeur masqué. Si souvent ceux-ci (les vengeurs masqués) sont défigurés intérieurement, lui l'est vraiment (et quels maquillages d'ailleurs !) physiquement, et je ne parle pas d'une simple cicatrice, mais de brulures déchiquetantes au 15ème degrès...

Première vraie incursion, si je ne m'abuse, du coté des studios plus mainstream pour Sam Raimi, avant le big bazar jouissif de l'Armée des Ténèbres (troisième volet des Evil Dead). Et on peut dire et voir à l'écran que le futur réalisateur des Spiderman n'a pas été spécialement emmerdé par les exécutifs de chez Universal : plans improbables, délires visuels, humour et deux trois scènes bien barrées (exécuter un mec en lui sortant la tête d'une plaque d'égout, en pleine artère bondée, jusqu'à ce qu''il se fasse éclater le crane par un véhicule, par exemple), son style unique est bien présent du début à la fin. De plus il démontre qu'il peut aussi très bien s'en sortir avec un budget sûrement plus élevé que ses précédentes réalisations et faire aussi de l'entertainment. Du coup il se permet des séquences plutôt couillues, comme celle où Darkman est accroché à l'hélico de son ennemi juré, lui même poursuivi par un hélico de la police. En la voyant, je me suis dit que les frangins Wachowski devaient y avoir pensé en faisant leur grosse séquence hélico dans le premier Matrix. Enfin, les effets spéciaux (entre les CGI) sont loin d'avoir mal vieillis et enrichissent vraiment le film.

Ce qui frappe surtout, c'est que ce film a été pour Raimi une répétition générale pour ses futurs Spiderman. Plusieurs scènes et pas des moindres seront plus tard copiées-collées version bigger stronger dans Spiderman : Darkman recherche sa formule/Spidey recherche son costume, les synapses de Darkman s'agitent/génériques d'introduction des Spiderman, bagarre finale sur un immeuble en construction pour Darkman/ bagarre avec Venom sur un immeuble en construction dans Spidey 3, et biensûr la présence au score de Danny Elfman qui fournit là une musique proche de celles des Batman burtoniens et des Spiderman. Tous ces éléments de comparaison donnent, plutôt que de le dévaluer, un cachet supplémentaire à ce plus que sympathique film de vengeur et me confirme que la carrière de Raimi a une vraie cohérence cinématographique. Si, si, au delà des Evil Dead et des Spiderman, allez donc jeter un oeil sur son western Mort ou Vif, son excellent polar Un Plan Simple ou encore son thriller fantastique Intuitions.

Ah oui, pour les geeks qui regarderont ce Darkman, et qui se demanderont comme moi je me suis demandé pendant tout le film mais quand Bruce Campbell apparaît-il à l'écran ?, un seul conseil, soyez patients...