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16 déc. 2010

Scott Pilgrim vs. The World


Le film à ne pas rater en cette fin d'année 2010 est en train, malheureusement, de passer presque inaperçu. Pour l'anecdote, Scott Pilgrim VS The World n'aura eu le droit, en tout et pour tout, qu'à une seule petite semaine d'exploitation sur Clermont-Ferrand, pour une seule séance par jour à 22h20. De vrais bonnes conditions pour qu'un film trouve son public, n'est-ce pas ?

Mais râler ne changera pas grand chose, et surtout pas le fait que je suis persuadé d'avoir vu de la graine de chef d'oeuvre, là on l'on pourrait voir au premier abord, à coté de l'adaptation de la BD éponyme, qu'une énième exploitation du filon nerdogeek, entre relations sociales plus que bancales, sentiments refoulés, amours compliqués (la Ramona Flowers a 7 ex plutôt coriaces), rock lo-fi et nostalgie 8bit. Ce que Scott Pilgrim est, et qu'Edgar Wright ne renie en rien. Mais Edgar Wirght a l'art rare de savoir mettre en image des éléments improbables tout en offrant une véritable cohérence à ses créations (Spaced, Shaun of the Dead et Hot Fuzz). Et ici, le mélange improbable entre le canevas classique du jeu de baston (battre les sous-fifres et finir par le boss), un instantané plutôt juste et loin de la caricature de l'éternel ado (Scott Pilgrim est d'une immaturité quasi maladive, à contrario de la plupart des relations qui l'entourent, mais Ramona, sous couvert d'indépendance, n'est pas plus forte émotionnellement), une belle histoire d'amour, de l'humour et un visuel jeu vidéo référencé mais jamais too much, et servant l'histoire comme l'utilisation de cette "1-UP", cette vie supplémentaire qui permettra à Scott de prendre enfin sa vie en main, ici, donc, tout cela fonctionne avec un sens de la mesure tout en préservant la folie visuelle foisonnante qui tient de l'équilibrisme, tant la forme et le fond ne forment qu'un tout subtil, grisant et cohérent.

Avec Scott Pilgrim, Edgar Wright persiste, confirme et signe : il est l'un des réalisateurs les plus doués, les plus intéressants et l'un des plus honnêtes de ces dernières années. par sa capacité à ne jamais poser tel quel les influences diverses et gimmicks issus de la sous-culture comics/b-movies/JV que l'on croise dans ses créations, mais plutôt de réfléchir à créer à partir de tout ça un univers crédible et solide, un cinéma divertissant et intelligent. Car ce Scott Pilgrim vs. The World tient ses promesses de blockbuster d'auteur de bout en bout : spectaculaire, intelligent et attachant. Et je n'ai qu'une hâte : que le DVD sorte pour me délecter encore et encore de cette belle histoire d'amour et de cette folie visuelle. Et je suis prêt à parier mon slip que si ce film est un échec commercial, le temps saura donner raison à cette expérience unique.

30 déc. 2008

Death Proof

Quentin Tarantino est un fieffé filou. Si le dogme visuel grindhouse (péloche qui saute, traits sur la bobine, etc...) est respecté durant une quasi moitié du film (la deuxième partie du film est plus bis dans son esprit et dans son déroulement que dans sa forme), Tarantino fait du Tarantino faisant un gros bis qui tâche : des dialogues nombreux et bavards, une BO ultra vintage, des références à ses propres films, des références extérieures (Vanishing Point est entre autre plusieurs fois cité), une petite apparition du chef dans un petit rôle de barman, des pieds plus que jamais, des tronches avec l'ami Kurt Russel en tête...

De fait, le problème avec Tarantino, c'est qu'il aime tellement ces propres tics filmiques qu'il ne s'en débarrasse jamais. Donc là où on attend un serial killer en bagnole qui dézingue de la jolie poulette court-vétue, on l'a un peu mais on a beaucoup de dialogues (comme souvent chez Tarantino, sans lien véritable avec l'intrigue, mais qui humanisent et et rendent attachant les personnages) et de pieds nus (ça en devient presque un gimmick dans ce film). Ce n'est pas vraiment le film avec lequel il faut commencer (commencez plutôt par Jackie Brown, ou Reservoir Dogs, mais ce n'est que mon humble avis) quand on n'a jamais vu de film de Tarantino de sa vie, et j'imagine très bien certains pouvant ce dire à la vision de certaines séquences de Death Proof : "bon le réal, c'est quand qu'il passe la deuxième ?".

Mais justement, il la passe. Certes, pas toutes les 10 minutes, mais les séquences de bagnoles sont vraiment très bien filmées (quel premier carambolage, et que dire du meurtre de Rose McGowan, une vraie scène de serial killer, et enfin les 20 dernières minutes de poursuite sont tendues et sacrément bien fichues) et valent vraiment le détour. Kurt Russel est comme un poisson dans l'eau, les minettes sont jolies, sexy (ouahou la lapdance, rarement scène n'aura été aussi explicitement érotico-sexuelle chez Tarantino) et très... filles, à croire que Quentin fait, depuis Jackie Brown, de plus en plus un cinéma presque féministe avec un enrobage de film de mec (karaté, bagnole, gangster...). Zoé Bell crève l'écran, elle qui fut doublure cascade de Xena la guerrière et surtout d'Uma Thurman dans Kill Bill, en jouant son propre rôle de cascadeuse un peu fêlée et trompe-la-mort vengeresse.

Quentin Tarantino est un fieffé filou, mais un fieffé filou très doué qui nous montre en plus une nouvelle corde à son arc, en étant ici pour la première fois son propre directeur de la photo et d'une façon très probante. Encore une fois, Tarantino nous démontre son amour et sa goinfrerie de cinéma, par les actrices, la musique, l'image et les dialogues. Alors ce n'est certes pas son chef d'oeuvre, mais tant qu'il filmera avec cet amour-là qui transpire à chaque image, je resterai un fidèle client de ses péloches. Et que j'ai hâte de voir son Inglourious Basterds.