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2 mai 2012

Black Swan


En guise d'avant-propos, il faut savoir que le Lac des Cygnes me donne la chair de poule et me fait monter les larmes aux yeux dès que je l'écoute. D'où le fait que je pleure dès que je vois la fin de Billy Elliot. Vous me demanderez donc sûrement quel est ici, mis à part la musique, le rapport entre Billy Elliot et Black Swan. Aucun, bien évidement, et tout cela n'était donc qu'un avant-propos, expliquant peut-être les lignes qui vont suivre.

Alors que je craignais quelque peu une lourdeur dans le symbolisme, une froideur chirurgicale et masochiste de la caméra, un scénario cousu de fil blanc (et noir), je me suis fait happé par la mécanique implacable, le tourbillon d'images, d'émotions et de musique, le coïtus interruptus sans cesse renouvelé et amplifié que nous inflige Natalie Portman, les 3 autres rôles de femme (Mila Kunis, vénéneuse et ingénue à souhait, Lena Olin et Winona "Forget me not" Ryder) et l'impression d'avoir vu comme une sorte de Nina au Bal du Diable, un remake psychotique et hystérisée de Carrie meets The Bolchoï.

J'ai souffert avec Nina, j'ai pleuré avec Nina et j'ai évacué toute cette frustration et cette maîtrise dans un parfait mouvement final. Une catharsis ? Il me semble que ça y ressemble, oui.

17 janv. 2012

A Dangerous Method

Pour quelqu'un, comme moi, qu'une formation a, il y a quelques années, initié aux rudiments de la psychanalyse, l'exercice est ici délicat : parler de cinéma sans tomber dans l'explication de texte psychanalytique. D'une part, cela serait ridicule et affreusement ennuyeux. D'autre part, j'ai beau me débrouiller avec quelques concepts, il serait particulièrement hautain de ma part d'oser la critique d'un point de vue psychanalytique. Donc parlons cinéma, voulez-vous ?

Et bien, je n'y arrive pas. Pour moi, le film est réussi, sans aucun doute. Les acteurs sont impeccables, avec une mention spéciale à Keira Knightley, qui sortie de son île aux pirates qui l'a starifié nous montre ici tout son talent. Mais je ne me dépatouille pas de la psychanalyse et de ses querelles de clochers. Je sais que les freudiens trouveront ce film trop jungien, avec comme principal argument que Cronenberg, en tant que nord-américain, est forcément plus jungien que freudien, la pensée de Jung, à l'inverse de celle de Freud à laquelle l'Europe reste fidèle, a conquis lui le Nouveau Monde. Et comme je n'ai pas été endoctriné par les jungiens, je n'ai aucune idée de ce qu'ils peuvent penser du film.

Et nous revoilà à parler d'autre chose que du film. Le film n'a pour moi d'ailleurs que cure de ces querelles de clochers. Par l'intermédiaire de Sabina Spielrein, Cronenberg met plutôt Freud et Jung dos à dos, les renvoyant à leurs contradictions d'homme, à leur concours de zizi conceptuel, mais aussi au fait qu'ils soient des hommes de leur temps, bien ancrés dans les tensions (la judaïté et l'antisémitisme sont plus que prégnants) et les tabous de l'époque (comment ! Les femmes ont une libido ? Et les enfants aussi ? Et même les hommes ?). Car le sujet qui intéresse ici Cronenberg n'est pas tant la querelle Jung-Freud, mais ce que ces deux joyeux drilles ont libérés, au travers de leurs aliénations profondes et respectives.

Et c'est d'une libération majeure dont il s'agit : celle de la parole. Car au commencement était le verbe, et libérer celui-ci, c'est offrir à l'homme un continent plein de fureurs et de promesses ; c'est permettre à Adam et à Eve de croquer la pomme en toute connaissance de cause. Et le film doit donc beaucoup à la superbe interprétation de la miss Knightley (je me répète ? Oui je sais...) qui rend cela tangible. Elle transmet avec une grande finesse et une belle palette de jeu tout l'évolution de Sabina Spielrein, de la folie à la femme épanouie, tout en gardant cette fragilité, ce quelque chose toujours sur la brèche, où l'on sent que les démons sont toujours prêts à ressortir. Et pourtant, que cela aurait pu être une partition casse-gueule !

Au final, une critique bancale pour un film qui n'enthousiasmera sûrement pas les inconditionnels du Cronenberg viscéral, celui de Scanners et de Videodrome. Mais c'est du Cronenberg, sans aucun doute. Plus classique dans la forme, mais toujours aussi intrigué et fasciné par ces sombres remous intérieurs qui tout à la fois nous aliènenent et nous libèrent.