10 nov. 2010

L'Homme Qui Voulait Vivre Sa Vie


Je n'aurai pas misé grand chose sur Eric Lartigau, le réalisateur. Après les deux très dispensables comédies Mais qui a tué Pamela Rose ? (très éloignée du délire télévisuel originel) et Un Ticket Pour L'Espace, puis Prête-Moi Ta Main, une comédie romantique déjà plus fréquentable, je pouvais être légitimement dubitatif quant aux qualités du sieur Lartigau. Mais des conditions défavorables à la vision d'un autre film initialement prévu, une bande-annonce accrocheuse et de bonnes critiques entendues par ci par là m'ont évité d'entrer dans la salle de cinéma à reculons.

J'éviterai de suite la comparaison avec le bouquin dont le film est tiré, ne l'ayant pas lu. Je me permettrai aussi d'annoncer tout de go que la fin est ratée, abrupte et mal amenée, ou que l'intention (doit-on voir un quelconque parallèle entre le parcours du personnage principal et le passager clandestin survivant ?) derrière une telle fin est loin d'être très évidente.

Mais malgré cette fin plus que décevante, nous avons là un vrai bon film, mariant avec aisance l'étude de mœurs bourgeoise, le thriller psychologique et une forme de quête intime entre dépouillement bienfaiteur et chemin de croix. Et les deux grandes parties du film (lente descente aux enfers à la fois subie et voulue puis création/recréation d'une vie) s'articulent avec beaucoup de finesse, les séquences muettes de road movie marquant lentement le passage d'un état à un autre. Mais compte tenu de l'histoire, Eric Lartigau ne tombe pas non plus dans le piège de la victimisation de son personnage, l'illusion d'une nouvelle vie vierge de tout passé ou d'un passé réinscriptible s'effritant lentement mais sûrement.

Malgré un ou deux effets de manche visuels mal venus, Eric Lartigau filme avec des qualités (sobriété, qualité des compositions) que je ne lui connaissais pas, qui explosent dans certaines scènes troublantes de justesse (celles où le couple s'étiole, où les enfants sont là au milieu des mensonges et du musée du Quai Branly...). De plus, Romain Duris (et je ne suis pas un grand amateur de Duris) nous offre une vraie composition et nous montre que les années lui permettent de sortir (Audiard est aussi passé par là) du cliché klapischien (Tomasi et consort) qui fait encore frissonner la vieille trentenaire nostalgique de ses années lycée. Je n'oublie pas le toujours impeccable Niels Arestrup, la talentueuse Marina Foïs et la charmante Branka Katic (vue dans Public Enemies).

Alors, oui, je pardonnerai à ce film sa fin, bien que je pourrais dire, un jour de mouron, que l'ensemble du film mériterait une fin à la hauteur. Mais compte tenu du sujet casse gueule et du passif du réalisateur, je pense tout de même que nous tenons là l'un des bons crus français de l'année 2010. Et vu le nombre de fois que je vais au cinéma pour aller voir un film français qui m'intéresse un minimum, autant en sortir avec cette impression, non ?

1 commentaire:

slu a dit…

"Mais qui a tué Pamela Rose ? (très éloignée du délire télévisuel originel)"
pas tant que ça...